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CRISTINI pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
samedi, 18 octobre 2008
 

Les yeux cousus
(Timber – 2008) 
Durée 34’25 – 12 Titres
 
http://www.cristini.info
http://www.myspace.com/didiercristini
 
Guitariste depuis près de deux décennies, poète engagé et libre penseur depuis toujours, Didier Cristini est un de ces artistes qui ne trichent ni avec eux-mêmes ni avec leur public et c’est en mettant une fois encore tout son cœur dans un second ouvrage convaincant qu’il revient sur le devant de la scène, rassemblant toutes ses influences venues de Brassens, de Tom Waits, de Johnny Cash et de Bruce Springsteen pour nous offrir un recueil de folk songs bien fagoté pour lequel il s’est branché en direct dans la console. Partagées avec Pierre Jouishomme, l’écriture et l’interprétation de ces « Yeux cousus » a mobilisée tout le talent des deux songwriters qui ont simplement fait rejoindre leurs guitares, harmonicas, pianos et sifflets de quelques basses et percussions et qui les ont portés vers la scène en ouverture d’artistes comme les Tit Nassels ou encore Michael Jones. A la fois brut de décoffrage au niveau du son et construit au niveau de l’écriture, l’ouvrage séduit dès la première écoute …

Cristini a non seulement une voix, mais il s’en sert qui plus est pour faire passer des messages forts sur fond de folk à la Dylan, sur fond d’un engagement poétique digne d’Albert Camus … Avec beaucoup de force mais sans aucune violence, les chansons se suivent et apportent de l’eau au moulin des penseurs tout en les séduisant par la quantité d’harmonies qu’elles véhiculent. Sans user d’autre artifice que la résonance naturelle des pièces où il a été enregistré, un peu comme le faisait Robert Johnson en d’autres temps, « Les yeux cousus » tire profit des instruments mais aussi de leur grain si naturel et use des chœurs pour mieux enjoliver ses mélodies de touches subtiles. Souvent touchantes, parfois même bouleversantes, des chansons comme « Ils ont coupé mon arbre », « Mon nom est Louis Romei », « Je me déclare (en jachère) », « Le goût du sang » ou « La Fraternelle du Désert » n’en finissent plus de mettre leur lot d’images fortes dans la tête de qui les découvre et c’est en usant d’un magnétisme insoupçonné qu’elles attirent mais aussi qu’elles retiennent le chaland, séduit qu’il est par tant de subtilité. Qu’on essaie de le comparer successivement à Le Forestier, à Duteil, à Moustaki ou même à Ferré, rien ne pourra changer le caractère original et herculéen d’un poète dont la plus grande des forces est bel et bien sa liberté, une liberté qu’il clame haut et clair dans un « Catena » qu’il emprunte au Catalan Lluis Llach. On ne regarde plus vraiment la musique de la même manière après avoir découvert Cristini …