Note blanche

(Autoproduction – 2026)  

Durée 21’14 – 5 Titres 

https://www.blacktong.com

Blacktøng fait partie de ces projets qui ont pris forme dans l’étrangeté du confinement. Le déclic s’est produit à Bordeaux, lorsque Mathilde Ayrault, chanteuse, guitariste et compositrice, a décidé de transformer l’isolement en moteur créatif. L’aventure commence en solo, guitare acoustique en main, mais l’horizon s’élargit rapidement. La rencontre avec Guillaume Evrard, bassiste et guitariste, en 2022, donne au projet une colonne vertébrale solide. Ensemble, ils façonnent un répertoire en Français, où la poésie se mêle à la rugosité du rock.

Très vite, l’envie d’électrifier la formule devient irrésistible. Une première batteuse, Lucie, rejoint le duo et contribue à l’élaboration d’un premier EP studio en 2023. L’enregistrement, réalisé à la Maison des Arts Vivants de Villenave-d’Ornon, révèle un groupe qui refuse les étiquettes, rock, folk, blues punk, stoner… Blacktøng navigue entre les genres avec une liberté assumée. Lorsque Frédéric Lardeur prend la relève à la batterie début 2024, le power trio trouve enfin sa forme définitive. Sur scène, l’alchimie devient évidente, une voix qui se fait plus rauque, des guitares qui grondent, une énergie qui rappelle les grandes heures du rock français et anglo-saxon, de Noir Désir à PJ Harvey, de Bashung aux Pixies.

Après un premier EP remarqué, porté par le titre introspectif « Mademoiselle O », le trio poursuit sa route avec un second opus, « Note Blanche », programmé pour 2026. Un disque court, cinq titres, mais une densité émotionnelle et sonore qui confirme la maturité du groupe. Avec lui, Blacktøng affine son identité et affirme un rock francophone sans compromis. Là où le premier EP explorait une palette large, celui-ci resserre le propos, un son plus homogène, plus direct, plus incarné. Le trio assume pleinement son ADN électrique, tout en laissant respirer les textes, toujours au cœur du projet.

Dès les premières mesures, on retrouve cette signature, une voix atypique, à la fois fragile et tranchante, qui porte des textes militants, sensibles, parfois désabusés. Les thématiques chères à Mathilde Ayrault, l’écologie, la place de l’individu dans une société pressurisée, les déroutes intimes, irriguent l’ensemble du disque. Mais ici, le propos gagne en cohésion, chaque morceau semble répondre au précédent, comme les chapitres d’un même récit.

Les chansons de « Note Blanche » fonctionnent comme des instantanés. « Somewhere Else » ouvre une brèche vers l’ailleurs, entre urgence rock et désir d’évasion, « La Baraque » ancre le propos dans un réalisme brut, presque cinématographique, « Vouloir » se fait plus frontal, porté par une rythmique nerveuse et une tension qui ne retombe jamais… « Chacun son Train »* explore la notion de trajectoire personnelle, avec une mélancolie lumineuse, et le titre éponyme, « Note Blanche », agit comme un fil conducteur, une respiration, un espace où tout peut recommencer.

Enregistré à la Maison des Arts Vivants, l’EP bénéficie d’un son clair, puissant, sans artifices inutiles. Le trio joue serré, précis, mais laisse toujours filtrer une part de spontanéité. On sent le groupe prêt pour la scène, prêt à défendre ces titres avec la même intensité que lors de leurs concerts bordelais, notamment à la Rock School Barbey où leur prestation a marqué les esprits.

Avec « Note Blanche », Blacktøng confirme qu’il faudra compter sur lui dans le paysage rock indépendant. Le trio réussit à conjuguer énergie brute, écriture soignée et engagement sans lourdeur. Un équilibre rare, qui donne envie de suivre la suite de leur parcours, d’autant qu’un nouveau clip, tourné sous l’eau, et plusieurs vidéos live annoncent une volonté claire de partager, de montrer, et d’exister.

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