CHRISTONE « KINGFISH » INGRAM

Hard road

(Red Zero Records – 2025)  

Durée 42’44 – 11 Titres 

https://www.christonekingfishingram.com

A seulement vingt-six ans, Christone “Kingfish” Ingram s’impose comme l’une des voix les plus puissantes et les plus singulières du blues contemporain. Né et élevé à Clarksdale, Mississippi, berceau mythique où flottent encore les ombres de Robert Johnson, Son House ou Muddy Waters, Kingfish a grandi littéralement au cœur de l’histoire du blues. Très tôt, la musique s’invite dans son quotidien, gospel familial, racines afro-américaines, documentaires visionnés avec son père, et surtout l’enseignement structurant du Delta Blues Museum, où il apprend d’abord la batterie, puis la basse, avant de trouver sa véritable voix à la guitare.  

Son ascension est fulgurante. A treize ans, il joue déjà dans les clubs locaux, à quinze, il se produit à la Maison-Blanche avec l’ensemble du musée, à dix-huit, il partage la scène avec Gary Clark Jr., Eric Gales, et attire l’attention de Buddy Guy, qui deviendra l’un de ses mentors.   

Son premier album éponyme, publié en 2019 chez Alligator Records, reste 91 semaines en tête du Billboard Blues Chart et lui vaut une nomination aux Grammy Awards. Son second opus, « 662 », remporte en 2022 le Grammy du Best Contemporary Blues Album.

Mais Kingfish n’est pas qu’un héritier brillant, il est un passeur, un innovateur, un artiste qui refuse de laisser le blues se figer. Sa musique, profondément enracinée dans les traditions du Delta, s’ouvre au funk, au R&B, au hip-hop, au rock et à la soul, sans jamais perdre son authenticité. Il fonde même son propre label, Red Zero Records, pour soutenir une nouvelle génération d’artistes noirs dans un genre trop souvent déconnecté de ses origines. 

Avec « Hard Road », Kingfish signe son album le plus introspectif, le plus ambitieux et sans doute le plus personnel. Sorti sur son propre label, ce quatrième opus marque une étape décisive, celle d’un jeune homme qui, après avoir conquis le monde, se retourne pour regarder le chemin parcouru, et celui qu’il lui reste à tracer.   

Co-produit par Tom Hambridge, Patrick “GuitarBoy” Hayes et Nick Goldston, l’album explore des territoires nouveaux avec une énergie rock toujours plus tranchante, des touches de pop et de neo-soul, une sensualité R&B totalement assumée, et toujours ce cœur blues incandescent, reconnaissable entre mille. 

Kingfish y joue avec une retenue nouvelle, privilégiant la narration à la démonstration. Il l’explique lui-même en précisant que dans ces genres, il faut raconter une histoire plutôt que d’être partout à la fois.

L’album est traversé par les épreuves et les transformations récentes de sa vie, à commencer par la perte de sa mère, mais aussi la célébrité soudaine, les tournées incessantes, les relations amoureuses, et enfin la quête d’équilibre et de maturité.  

« Hard Road » laisse entrevoir des singles qui laissent entrevoir toute la palette de l’artiste. « Voodoo Charm »,  brûlant, incisif et porté un riff qui mord, « Bad Like Me » entre groove moderne et funk contagieux, « Nothin’ But Your Love » avec une soul chaleureuse et une voix veloutée, ou encore « S.S.S. », un titre sensuel, dansant, qui élargit encore les frontières de son univers.

Si la guitare reste au centre, flamboyante, expressive, parfois déchirante, elle n’est plus seule à porter le récit. Kingfish chante mieux que jamais, avec une sincérité brute qui donne à l’album une dimension émotionnelle rare.

« Hard Road » n’est pas seulement un excellent album, c’est une véritable déclaration d’intention. Kingfish y affirme qu’il n’est pas seulement un prodige du blues, mais un créateur complet, capable de renouveler un genre tout en en respectant profondément les racines.

C’est un disque de transition, de transformation, de vérité. Un disque qui confirme que Christone “Kingfish” Ingram n’est pas l’avenir du blues mais qu’il en est déjà le présent.

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