COGNAC BLUES PASSIONS
JARDIN PUBLIC – COGNAC (16)
Le 2 juillet 2026
Après une première soirée à Jarnac le mercredi, la première soirée purement cognaçaise du Cognac Blues Passions 2026 avait un parfum particulier cette année. Invités par le festival, nous étions présents pour remettre officiellement le Keeping The Blues Alive Award, décerné en janvier dernier à Memphis par la Blues Foundation. Un prix majeur, symbole de l’engagement du festival depuis plus de trente ans pour la scène blues internationale. L’équipe de Belle Factory n’ayant pu se rendre au Tennessee cet hiver, c’est dans le cadre de notre action conjointe avec France Blues et l’European Blues Union que nous avons rapporté la distinction à Cognac, pour la remettre sur place, au cœur de l’événement qui l’a mérité. Le Jardin Public de Cognac reste l’un des plus beaux décors de festival en Europe. Ses allées ombragées, ses pelouses larges, ses arbres centenaires et ses plans d’eau composent un espace où la musique circule naturellement. On y passe d’une scène à l’autre comme on traverse un parc de ville un soir d’été, avec cette sensation rare de fluidité et de proximité. Blues Paradise, la scène principale du jardin, posée au cœur des arbres, offre une acoustique étonnamment chaleureuse. Expérience Cognac, plus intime, permet de découvrir des artistes en format club, à quelques mètres du public. Autour, bars, stands, espaces de dégustation, zones de repos, tout respire la convivialité et l’élégance propre au festival.




La soirée s’est ouverte avec Théo Charaf, lauréat du Prix Cognac Passions 2025, figure montante de la scène folk‑blues hexagonale. Originaire de Grenoble, Charaf s’est imposé ces dernières années avec une signature rare, une voix grave, habitée, qui semble porter à la fois les plaines américaines et les reliefs alpins, et une écriture d’une sincérité désarmante. Son univers navigue entre folk dépouillé, blues introspectif et éclats rock, toujours avec cette intensité qui le distingue. Sur la scène Blues Paradise, devant une foule déjà conséquente pour une ouverture de soirée, Théo Charaf va livrer un concert d’une grande profondeur. Sa guitare, précise et chaleureuse, installe immédiatement une atmosphère. Sa voix, ample, rugueuse, capte l’attention sans jamais forcer. Ses chansons, souvent traversées par la solitude, la route, les failles et les élans, prennent une dimension nouvelle en plein air, au cœur du Jardin Public. Le public, attentif puis conquis, accompagnera chaque montée en intensité. Une mise en jambes à la fois élégante et puissante, qui confirme Charaf comme l’un des artistes les plus prometteurs de la scène roots française.




Un moment plus personnel, presque intime, nous attendait ensuite avec le concert de Jean‑Louis Aubert, un ami de longue date que je n’avais pas revu depuis trop longtemps, la vie, les tournées, les projets, les années qui filent pour lui comme pour moi. Les retrouvailles sont chaleureuses, simples, évidentes. Aubert reste cet artiste profondément humain, attentif, curieux, toujours en mouvement. Ses concerts de 2026 témoignent d’une maturité nouvelle, une manière de revisiter son répertoire avec plus de douceur, plus de respiration, sans perdre l’élan qui l’a toujours porté. Depuis le coin de la scène, on observe avec une pointe de nostalgie ce mélange rare de professionnalisme et de sincérité. Le public chante, vibre, suit chaque nuance, s’emballe lors des reprises des titres de Téléphone. Jean-Louis, lui, semble heureux d’être là, dans ce jardin, dans ce festival qui a toujours su accueillir les artistes avec respect.




Minuit approche, mais la soirée n’est pas terminée. On se dirige cette fois vers Expérience Cognac pour le second set de Sean McDonald, véritable phénomène du blues contemporain, qui va littéralement emmener le public jusqu’aux environs d’une heure du matin. On le croise depuis quelques années en Europe, sous son propre nom ou dans des contextes où il accompagne des pointures. Début juin, au Portugal, il nous avait littéralement bluffés en accompagnant John Németh. Précision, feeling, présence, tout y était. A Cognac ce soir, Mack arrive en format quintet soudé, efficace, sans fioritures. Son set est un concentré de ce qui fait sa force, un jeu de guitare nerveux mais toujours musical, une voix claire, expressive, un sens du groove qui embarque immédiatement, et enfin des musiciens qui respirent ensemble, sans jamais surjouer. Le public, serré autour de la scène, ne tarde pas à entrer dans la danse. On sent que quelque chose se passe, Sean McDonald n’est plus seulement un « jeune talent », il devient un artiste que l’on suit, que l’on attend, que l’on recommande. C’est ce genre de moment qui fait la magie de Cognac Blues Passions, un artiste en pleine ascension, dans un cadre idéal, porté par une foule qui ne veut pas que la nuit s’arrête.


Entre la remise du Keeping The Blues Alive Award, les concerts d’une grande diversité, les retrouvailles, les découvertes et l’atmosphère unique du Jardin Public, cette première soirée de Cognac Blues Passions 2026 a confirmé ce que la Blues Foundation a reconnu à Memphis en début d’année, ce festival est un acteur essentiel du blues en Europe.
Fred Delforge – juillet 2026