Corps voyou

(Baboo Music – Kuroneko – 2026)  

Durée 37’24 – 11 Titres 

https://www.daguerre.mu

Depuis plus de vingt ans, Olivier Daguerre, chanteur, auteur et compositeur installé au Pays Basque, trace un sillon singulier dans la chanson-rock française, entre poésie brute, tension électrique et humanité à fleur de peau. Figure scénique respectée, collaborateur de longue date de Cali ou Francis Cabrel, il célèbre aujourd’hui un cap symbolique, la sortie de son dixième album, « Corps voyou », un disque qui condense tout ce qui fait sa force, la sincérité, l’instinct, et cette manière rare de faire vibrer les failles.

Daguerre se définit volontiers comme un artisan poète, un musicien qui taille ses chansons comme on polit une matière vivante, cherchant la justesse plutôt que l’effet. « J’écris lentement, je retire, je taille », confie-t-il, revendiquant une approche humble et organique de la création.  

Depuis deux décennies, il explore les zones floues de l’existence, les contradictions humaines, les élans vitaux, les doutes qui nous traversent. Sa musique, profondément incarnée, s’est forgée sur scène, au fil de centaines de concerts où sa présence tranquille et son regard clair imposent une forme de vérité simple, sans posture.   

Avec « Corps voyou », Daguerre signe un album qui ressemble à un point d’équilibre, celui d’un artiste apaisé mais toujours vibrant, libre mais profondément ancré. Le titre intrigue, et Daguerre l’explique comme une métaphore, un « corps qui refuse les cadres », un corps libre, mouvant, qui assume ses contradictions. Être voyou, dit-il, c’est garder la tête haute dans un monde trop cadré, accepter ses erreurs, continuer d’avancer.   

Cette idée irrigue tout l’album. Les chansons explorent nos territoires intimes, nos fuites nécessaires, nos élans de survie, cette porosité permanente entre soi et le monde. On y retrouve la plume subtile et percutante de Louise Quillet, déjà présente sur « Virages », qui apporte des images inattendues et une respiration nouvelle à l’écriture de Daguerre.   

Réalisé par Esthen Dehut, l’album s’appuie sur une équipe de musiciens d’exception, Loïc Pontieux à la batterie, Nicolas Fiszman à la basse, Nicolas Auger au piano, Daoud à la trompette, Sébastien Chouard aux guitares slide, Hervé Pédeflous aux cordes et au bouzouki… Une véritable constellation sonore qui donne au disque une ampleur organique, charnelle, presque tactile.   

Les sonorités rock chères à Daguerre sont bien là, guitares électriques nerveuses, rythmiques pleines de grain, cuivres qui ouvrent l’espace. Mais deux titres piano-voix viennent créer un contrepoint bouleversant, suspendant le temps au milieu de cette matière dense.  

Parmi les titres marquants, « Dandy Bandit », s’affiche comme un manifeste, atmosphère western-country, personnage en marge, poésie lucide et élan vital. Un cow-boy solitaire, fragile et indomptable, qui incarne à lui seul l’esprit du disque.  

« Marge de manœuvre », autre extrait fort, déploie un souffle épique, une montée en puissance qui refuse le lissage. Le clip, tourné au Pays Basque, capture cette quête d’espace et de liberté.   

Chaque chanson semble chercher une échappée, un endroit où respirer, un geste de résistance ou d’abandon. C’est un album qui interroge la liberté de nos corps, de nos choix, de nos trajectoires.

Si « Corps voyou » est déjà puissant sur disque, il promet de prendre toute sa dimension sur scène. Une vaste tournée française accompagne sa sortie, avec un point d’orgue au Café de la Danse le 6 octobre 2026, un rendez-vous qui s’annonce comme un moment de vérité pour ce répertoire habité.   

Si la chanson-rock française a parfois besoin de repères, Daguerre en est un, solide, sincère, profondément humain. Et « Corps voyou » en est la plus belle preuve.

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