Similar shakes, different distortion
(Wild Kingdom Records – 2026)
Durée 46’48 – 12 Titres
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Il y a des groupes qui avancent sans jamais dévier, comme s’ils avaient gravé leur trajectoire dans le granit du rock’n’roll. Les Diamond Dogs font partie de cette espèce rare. Depuis leurs débuts dans les années 90 autour du chanteur‑auteur Sulo Karlsson et du claviériste‑arrangeur The Duke Of Honk, le groupe suédois n’a cessé de défendre une vision claire, un rock de bar incandescent, nourri de soul, de glam, de groove et d’un amour viscéral pour les pionniers américains. Une musique qui sent la sueur, la poussière, les amplis chauffés à blanc et les refrains qui collent au cœur.
Au fil des décennies, les Diamond Dogs ont bâti une discographie aussi généreuse que cohérente, multipliant les albums, les tournées, les collaborations, les hommages. Leur énergie, elle, n’a jamais faibli. L’année dernière encore, ils rendaient un vibrant salut au grand Little Richard, hommage qui les mena jusqu’à Macon, Georgia, sur les terres mêmes du pionnier, et jusque dans les mythiques Capricorn Studios, là où Otis Redding, le Allman Brothers Band et tant d’autres ont laissé leur empreinte. Une sorte de pèlerinage électrique, qui a ravivé chez eux une envie encore plus féroce de jouer, d’enregistrer, de faire vivre ce rock’n’roll qu’ils considèrent comme une mission autant qu’un plaisir.
De retour en Suède, ils ont prolongé cette impulsion dans leur repaire familial, le Dog Pound Studio, où ils ont peaufiné les sessions américaines, ajouté des couches d’âme, de sueur et de conviction, et façonné ce qui ressemble déjà à leur seizième album, un chiffre qui en dit long sur leur endurance et leur fidélité à eux‑mêmes.
Ce nouvel opus, « Similar Shakes, Different Distortion », porte un titre qui résume parfaitement l’esprit Diamond Dogs, la même secousse, mais une distorsion différente. Autrement dit, la même philosophie, mais toujours un nouvel angle, une nouvelle étincelle, un nouveau parfum dans la marmite. Oui, la recette est familière. Oui, on reconnaît immédiatement la patte de Sulo, ses mélodies directes, ses textes qui oscillent entre panache, nostalgie et ironie. Mais l’album dégage une fraîcheur inattendue, comme si le groupe avait trouvé une nouvelle manière de faire vibrer ses fondamentaux.
Enregistré entre Macon et Stockholm, l’album bénéficie d’une production ample et chaleureuse signée The Duke Of Honk, dont les arrangements orchestraux ajoutent une dimension cinématographique à plusieurs titres. Les chœurs de Jenny Fall, Katja Ahlsell, Caroline af Ugglas, Ethan Hamlin et le groupe apportent une couleur gospel‑rock irrésistible, tandis que le saxophone de Bo Gustafsson injecte une touche de soul vintage qui rappelle les grandes heures du rock seventies.
Chaque morceau porte la marque d’un groupe en pleine maîtrise, solide, inspiré, soudé. Sur « Brass Monkey Weather », la basse de Martin Tronsson et l’orgue d’Ethan Hamlin donnent un groove moite et irrésistible. Le bonus track, « A Place In The Sun », porté par la voix de Caroline af Ugglas, offre une respiration lumineuse, presque pop‑soul, qui clôt l’album avec élégance.
Ce qui frappe surtout, c’est la sincérité brute de l’ensemble. Rien n’est forcé, rien n’est calculé. Les Diamond Dogs jouent comme ils respirent, avec cette conviction tranquille de ceux qui savent exactement qui ils sont et où ils vont. « Similar Shakes, Different Distortion » n’est pas un virage, ni une rupture, c’est un chapitre de plus, écrit avec la même encre, mais avec une intensité renouvelée. Un disque qui rappelle que le rock’n’roll n’a pas besoin de se réinventer pour rester vivant, il lui suffit d’être joué avec cœur, âme et honnêteté.
Les Diamond Dogs reviennent ici avec un album qui capture l’essence de leur parcours, fidèle, vibrant, généreux, profondément humain. Un disque qui ne cherche pas à surprendre, mais qui parvient pourtant à toucher juste, encore et toujours. La preuve éclatante qu’un groupe peut avancer sans renier sa route, et continuer à faire battre le rock’n’roll avec la même intensité qu’à ses débuts.