Cold feet
(Blind Raccoon – 2026)
Durée 37’22 – 10 Titres
Donna Herula appartient à cette famille rare de musiciennes qui ne se contentent pas de jouer le blues mais qui le prolongent, le transforment, l’habitent. Chicago l’a adoptée depuis longtemps, et pour cause. Récompensée pour sa superlative maîtrise de la guitare, comme le souligne Living Blues Magazine, elle s’est imposée comme l’une des grandes voix contemporaines du blues acoustique et électrique. Slide guitariste d’exception, chanteuse expressive, compositrice sensible, elle incarne une forme de modernité enracinée dans les traditions du Delta, du folk, du Chicago Blues, mais aussi nourrie de soul, de gospel et de pop.
Intronisée au Chicago Blues Hall of Fame, Donna mène deux formations parallèles, le Donna Herula Trio, acoustique et intimiste, et le Donna Herula Band, formation électrique à six musiciens qui embrase les scènes. Enseignante respectée à l’Old Town School of Folk Music, elle transmet autant qu’elle crée, et son parcours est jalonné de distinctions, Best Traditional Blues Artist et Best Acoustic Blues Album aux Independent Blues Awards pour « Bang At The Door », Best AAA/Alternative Song à l’International Acoustic Music Awards… Autant de marques de reconnaissance qui saluent une artiste capable de conjuguer virtuosité et émotion brute.
Sur scène, Donna Herula est une habituée du Buddy Guy’s Legends, où elle se produit depuis quinze ans et a ouvert plusieurs fois pour le maître. Elle a foulé les scènes de festivals majeurs, Chicago Blues Festival, King Biscuit, Lucerne Blues Festival, et ses chansons voyagent sur les ondes du monde entier, de la BBC à SiriusXM. Son œuvre, toujours sincère, toujours habitée, séduit par sa capacité à raconter des histoires, à toucher au cœur, à faire vibrer l’âme.
Avec « Cold Feet », Donna Herula signe un album qui respire la maturité artistique. On y retrouve son amour du blues traditionnel, mais aussi cette volonté de ne jamais se laisser enfermer dans un seul idiome. Le disque est un voyage, une traversée de styles et de climats, un patchwork cohérent où chaque morceau apporte une nuance nouvelle.
Dès les premières mesures, on perçoit cette élégance naturelle qui caractérise son jeu, avec un slide précis, nerveux quand il le faut, caressant dans les moments plus introspectifs. Sa voix, claire et expressive, porte des textes où se mêlent introspection, résilience, spiritualité et énergie.
L’album se distingue par sa production soignée, son équilibre entre tradition et modernité, et cette capacité à faire dialoguer les influences sans jamais les juxtaposer artificiellement. Jim White, ancien critique du Pittsburgh Post-Gazette, résume parfaitement l’esprit du disque, « Cold Feet » est une œuvre où Donna marche sans hésitation à travers un éventail de genres, pour en faire un tout cohérent et lumineux.
Parmi les moments forts, on soulignera « On My Way Home », une ouverture chaleureuse, portée par une écriture introspective et un groove délicat, « Cold Feet », le morceau-titre, à la fois élégant et nerveux, où la slide de Donna raconte autant que sa voix, « What You Gonna Do? », un titre plus incisif, rythmé, qui montre son aisance dans les registres plus électriques, et bien évidemment « Dust My Broom », une reprise magistrale du classique d’Elmore James et Robert Johnson, menée par un slide fulgurant et une énergie brute. Une manière de rappeler que Donna connaît ses racines, et qu’elle sait les honorer avec panache.
Chaque piste témoigne d’une artiste qui ne joue jamais pour jouer, mais plutôt pour transmettre. « Cold Feet » est un album généreux, habité, où la virtuosité ne prend jamais le pas sur l’émotion. Un disque qui confirme Donna Herula comme l’une des voix essentielles du blues contemporain.