Apples for Isaac
(BMG – 2026)
Durée 37’22 – 11 Titres
Nés à Liverpool en 1978, Echo & The Bunnymen ont très vite imposé une signature sonore qui ne ressemblait à rien d’autre. A une époque où le punk s’effritait et où la new wave cherchait encore ses contours, le groupe a projeté une lumière singulière dans les interstices du rock britannique. Ian McCulloch, voix céleste et charismatique, et Will Sergeant, architecte de guitares aussi tranchantes que hypnotiques, ont façonné un univers où la mélancolie danse avec la grandeur, où les chansons semblent flotter dans un espace parallèle.
Au fil des décennies, leur musique a été rangée dans des cases, post‑punk, new wave, psychédélisme, goth, mais aucune ne suffit à contenir la profondeur émotionnelle de leurs albums. Les Bunnymen ont toujours avancé avec une élégance rare, construisant une discographie qui a marqué plusieurs générations et influencé une constellation d’artistes. Aujourd’hui, le groupe réunit Ian McCulloch, Will Sergeant, Ste Brannan, Simon Finley, Mike Smith et Peter Riley, une formation qui perpétue l’esprit originel tout en lui offrant de nouvelles perspectives.
Douze ans après « Meteorites », Echo & The Bunnymen reviennent avec « Apples For Isaac », leur treizième album, disponible depuis mi-septembre chez BMG. Et ce retour n’a rien d’un simple chapitre ajouté à une longue histoire, c’est une œuvre qui réaffirme la puissance émotionnelle du groupe, sa capacité à transcender les époques et à réinventer sa propre mythologie.
Dès les premières mesures, on retrouve cette voix unique, capable de transformer chaque phrase en incantation. Ian McCulloch chante comme s’il ouvrait une porte vers un ailleurs, avec une intensité qui n’a jamais faibli. Autour de lui, Will Sergeant tisse des paysages sonores d’une finesse remarquable, guitares en clair‑obscur, textures aériennes, éclats électriques qui surgissent comme des météores.
Les onze titres de l’album forment un ensemble addictif, cohérent, presque narratif. On y entend un groupe sûr de lui, qui n’a plus rien à prouver mais qui continue à chercher, à explorer, à offrir. Certaines chansons enveloppent l’auditeur dans une douceur inattendue, d’autres le soulèvent sans prévenir. « Apples For Isaac » est un disque de contrastes, de lumière et de nuit, de force et de fragilité, exactement ce qui fait la grandeur des Bunnymen depuis leurs débuts.
La présence du batteur légendaire Clem Burke sur dix morceaux apporte une énergie supplémentaire, une pulsation vive qui propulse l’album vers l’avant. Sa disparition durant la finalisation du disque donne à son jeu une dimension poignante, chaque frappe semble désormais résonner comme un hommage, un dernier cadeau à un groupe qu’il a profondément marqué.
« Apples For Isaac » n’est pas un retour nostalgique, c’est une œuvre vivante, vibrante, qui rappelle pourquoi Echo & The Bunnymen restent l’un des groupes les plus essentiels de Liverpool et de la scène rock mondiale. Leur capacité à mêler grandeur romantique, tension électrique et poésie cosmique demeure intacte.
En 2026, ils ne se contentent pas de revenir, ils s’élèvent à nouveau, avec un disque qui pourrait bien devenir l’un des jalons majeurs de leur carrière. Un album qui embrasse le passé, regarde le présent et ouvre une porte vers l’avenir.