Vespa ride
(Autoproduction – 2026)
Durée 35’30 – 11 Titres
Depuis plus de trois décennies, Eddy Ray Cooper trace sa route comme d’autres tracent des lignes de fuite. Guitare en bandoulière, voix râpeuse mais chaleureuse, il appartient à cette famille rare de musiciens qui ne jouent pas seulement des chansons mais qui racontent en plus des vies. La sienne, d’abord, faite de voyages, de rencontres, de routes secondaires et de bars où l’on écoute encore la musique en regardant les musiciens dans les yeux. Mais aussi celles des anonymes croisés au fil des kilomètres, dont il transforme les histoires en ballades vibrantes.
Né dans une petite ville où le rock’n’roll servait de boussole aux adolescents en quête d’horizon, Eddy Ray Cooper s’est très tôt forgé une identité musicale hybride. Entre rock américain, folk européen, blues poussiéreux et country élégante, il a développé un style immédiatement reconnaissable avec un songwriting narratif, des mélodies qui roulent comme des pneus sur l’asphalte, et une présence scénique qui évoque autant le conteur que le voyageur.
C’est avec The Travelers, son groupe de fidèles, qu’il a façonné cette esthétique. Une formation soudée, presque familiale, où chaque musicien apporte une couleur, une guitare slide qui respire le Sud, une section rythmique qui pulse comme un moteur bien réglé. Ensemble, ils ont bâti une discographie cohérente, riche, où chaque album ressemble à une étape d’un long périple.
Dix albums plus tard, Eddy Ray Cooper And The Travelers sont devenus une référence pour tous ceux qui aiment les musiques de l’errance, les refrains qui sentent la liberté, les histoires qui tiennent autant du carnet de route que du roman initiatique. Et leur nouvel opus, « Vespa Ride », s’inscrit pleinement dans cette trajectoire.
Avec cette rondelle, Eddy Ray Cooper signe un disque qui ressemble à une carte postale envoyée depuis un été sans fin. Pour ce dixième album, l’artiste aurait pu céder à la tentation du bilan ou de la grandiloquence. Il choisit au contraire la simplicité, la mobilité, la fraîcheur, l’esprit d’une virée en scooter, cheveux au vent, sans autre destination que le plaisir de rouler.
« Vespa Ride » est un disque solaire. Les guitares acoustiques claquent comme des rayons de lumière, les percussions sont souples, presque dansantes, et la voix d’Eddy Ray Cooper semble sourire entre les mots. On retrouve son goût pour les récits de voyage, mais ici, le ton est plus léger, plus joueur. On n’est plus sur les longues routes poussiéreuses du Midwest imaginaire de ses débuts, on serpente plutôt sur des chemins côtiers, on traverse des villages, on s’arrête boire un café en terrasse.
L’une des forces de l’ouvrage réside dans son architecture, onze titres, dont cinq compositions originales et six reprises soigneusement choisies. Des reprises ne sont pas de simples hommages mis plutôt des respirations, des clins d’œil à l’ADN musical d’Eddy Ray Cooper. On y croise des monuments du rock’n’roll comme Eddie Cochran, Vince Taylor ou encore Johnny Burnette, revisités avec respect mais sans nostalgie figée. Cooper et ses Travelers injectent leur groove, leur chaleur, leur sens du détail, transformant ces classiques en compagnons de route parfaitement intégrés au voyage.
Les compositions originales, elles, prolongent l’univers du groupe avec des chansons qui racontent des instants, des rencontres, des sensations. Elles dialoguent naturellement avec les reprises, comme si toutes appartenaient à la même route, au même paysage intérieur.
« Vespa Ride » est un album lumineux, accessible, profondément humain. Il confirme la place d’Eddy Ray Cooper And The Travelers comme artisans d’une musique qui parle au cœur autant qu’à l’imaginaire. Dix albums plus tard, le groupe ne s’essouffle pas, il respire même mieux que jamais !