Behind the wall
(Riptide Records – 2026)
Durée 33’06 – 10 Titres
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Depuis ses débuts, Edgär cultive cette élégance rare, celle d’un duo qui sait marier la pop la plus lumineuse à une sensibilité presque tactile. Formé par deux musiciens picards, Antoine et Ronan, le projet naît d’une évidence artistique autant que d’une complémentarité humaine. L’un vient de la folk, l’autre de l’electro, l’un pense en mélodies, l’autre en textures. Ensemble, ils trouvent un terrain commun où la douceur n’exclut jamais l’ambition, et où chaque chanson devient un espace de respiration.
Très vite, Edgär s’impose comme un artisan de la pop moderne, celle qui assume ses influences anglo-saxonnes tout en revendiquant une écriture française précise, délicate, presque littéraire. Leur premier EP, puis leurs premiers singles, révèlent un univers où les voix se répondent, se frôlent, se superposent, comme deux confidences murmurées à l’oreille de l’auditeur.
Sur scène, le duo gagne en ampleur, harmonies impeccables, énergie contenue mais vibrante, et cette capacité à créer une intimité immédiate, même dans les salles les plus vastes. Au fil des années, Edgär affine son identité. Leur pop devient plus charnelle, plus cinématographique, sans jamais perdre cette douceur qui les distingue.
C’est dans cette maturité nouvelle que naît « Behind The Wall », un album qui marque un tournant, plus personnel, plus affirmé, plus audacieux. Non content de franchir un cap, le duo abat littéralement un mur, celui qui séparait jusqu’ici la pudeur de l’aveu, la lumière de l’ombre, la pop du récit intime. L’album s’écoute comme un journal ouvert, un carnet de bord où chaque titre explore ce qui se cache derrière les façades que l’on présente au monde. On y retrouve la signature Edgär, avec des harmonies vocales d’une précision chirurgicale, un sens du détail mélodique qui accroche l’oreille sans jamais la brusquer, et cette production soyeuse qui donne l’impression d’être enveloppé dans un cocon sonore.
Mais très vite, on sent que quelque chose a changé. Les rythmiques sont plus affirmées, les synthés plus profonds, les arrangements plus cinématographiques. On sent une volonté de pousser les murs, d’élargir le champ émotionnel. Là où leurs précédents travaux jouaient davantage sur la délicatesse, « Behind The Wall » assume une tension nouvelle. Les morceaux avancent avec une pulsation intérieure, comme si chaque battement cherchait à percer un secret.
Edgär n’écrit plus seulement pour séduire ou pour caresser mai essentiellement pour dire. Pour dire les doutes, les failles, les attentes, les renoncements. Pour dire ce que l’on cache derrière les sourires polis et les gestes maîtrisés. Le mur du titre n’est pas un obstacle, c’est une métaphore de l’intime, de ce que l’on protège, de ce que l’on finit par laisser apparaître quand la musique devient un refuge.
Les voix, toujours impeccablement entremêlées, gagnent en fragilité. Elles tremblent parfois, se font plus nues, plus humaines. Et c’est précisément là que l’album touche au cœur. La force de « Behind The Wall » réside aussi dans sa cohérence sonore. Chaque titre semble prolonger le précédent, comme un travelling continu à travers les émotions du duo. Les arrangements, subtils mais ambitieux, créent un équilibre parfait entre organicité et modernité. On y entend des respirations acoustiques, des nappes synthétiques qui s’étirent comme des halos, des percussions qui battent comme un cœur inquiet.
Rien n’est laissé au hasard, mais rien n’est figé. L’album respire, vit, palpite. Edgär ne se cache plus derrière le mur. Le duo l’a fissuré, puis traversé. Et de l’autre côté, il y a une lumière nouvelle, plus douce, plus mature, plus profonde. Une lumière qui leur ressemble.