14ème EUROPEAN BLUES CHALLENGE
MIASTO OGRODÓW / NOSPR CONCERT HALL – KATOWICE (POLOGNE)
Du 16 au 18 avril 2026
https://europeanbluesunion.com
A chaque édition, l’European Blues Challenge rappelle à quel point la scène européenne est diverse, inventive, et profondément vivante. En 2026, la programmation offre un panorama saisissant, du blues le plus traditionnel aux hybridations modernes, des voix habitées aux performances instrumentales audacieuses. Pendant trois soirées, deux demi-finales et une finale, les groupes se succèdent avec une intensité rare, chacun apportant sa couleur, son histoire, son énergie.
Jeudi 16 avril :
Installé au centre de Katowice, Miasto Ogrodów, l’Institut de la Culture de la Ville, est un lieu hybride, moderne, pensé comme un laboratoire artistique. Ses espaces modulables, ses volumes lumineux et son acoustique soignée en font un terrain de jeu idéal pour les demi-finales de l’EBC. Ici, le public va vivre le blues au plus près, proximité avec les artistes, chaleur du public, énergie brute. La salle principale, à taille humaine, permet une immersion totale dans les performances. On y ressent chaque vibration, chaque respiration, chaque montée en tension. Miasto Ogrodów est un lieu de création, de circulation, de rencontres, un écrin parfait pour découvrir les groupes en compétition, encore dans l’effervescence de la sélection.


La soirée s’ouvre sur une atmosphère chaude et enveloppante. Les Portugais du Midnight Club Blues Band installent immédiatement un climat de club nocturne. Groove souple, guitare électrique chaleureuse, voix habitée. Le groupe avance avec assurance, sans surjouer, préférant la précision à l’esbroufe. Une entrée en matière élégante, qui met le public dans les meilleures dispositions, même si le groupe a terminé son set un peu trop prématurément.


Changement de ton avec Big Martin Band, formation danoise qui impose d’emblée un blues massif et musclé. La voix rugit, la guitare tranche, et la section rythmique pousse l’ensemble avec une puissance irrésistible. Le groupe ne cherche pas la subtilité, il frappe, il avance, il occupe l’espace. Un blues de caractère, taillé pour la scène. La salle semble avoir vraiment apprécié ce blues venu du Nord.


Les Espagnols SirJo Cocchi et Balta Bordoy ramènent le public vers les racines. Leur formation emmenée par un claviériste aux faux airs de Dr. John respire la tradition, le tout soutenu par une guitare old school et un saxophone judicieusement saupoudré pour obtenir un groove feutré. Rien n’est forcé, tout est dans la justesse et la sincérité. Leur set, d’une grande élégance, rappelle que le blues peut toucher profondément sans jamais hausser le ton.


Le duo polonais Red. Chirowski & Pan Wydro propose maintenant une rupture totale avec un blues dépouillé, presque chamanique. Guitare, ukulélé, mandoline, harmonica, voix, quelques percussions… et une intensité qui surprend. Leur univers, nourri de poésie et de spiritualité, crée une bulle hors du temps. Le public écoute, suspendu, comme face à un conteur ancien. Au risque de perdre quelques spectateurs en route, les Polonais ont fait le job comme ils l’entendaient et ça a plutôt bien marché.


Retour à la tension électrique avec les Grecs de LavaBlues Trio. Leur blues-rock méditerranéen est incandescent, nerveux, traversé de montées en puissance parfaitement contrôlées. La guitare mène la danse, expressive, parfois volcanique. Une prestation chaude, vibrante, qui permet à la soirée de continuer sur un très bon niveau, avec en prime un très beau solo d’harmonica. Le début du set, un peu laborieux, a très vite été oublié grâce à une prestation plus que réussie.


La Suissesse Eve Gallagher impose une présence vocale immédiate. Son groupe, solide et précis, navigue entre blues moderne et soul énergique. Le set est construit, pensé, efficace, chaque morceau trouve sa place, chaque montée est maîtrisée. Une prestation professionnelle et captivante qui par moment nous entraine vers une sorte de prog blues très intelligemment mâtiné de jazz lyrique. Une prestation aussi surprenante que réussie !


Après une pause d’une vingtaine de minutes, la Suédoise Jenny Blue plonge la salle dans une ambiance plus sombre, presque cinématographique. Sa voix profonde flotte au-dessus d’un décor sonore dense, parfois menaçant, toujours captivant. Les Tombstone Shadows sculptent un blues teinté de rock noir, qui marque durablement les esprits et quand bien même le fonds de commerce des Suédois est composé de reprises un peu téléphonées, le résultat ne manque pas de saveur tant le set est offert avec talent.


Direction le Royaume-Uni avec Emma Wilson qui apporte une respiration soul-blues d’une grande finesse. Sa voix ample, expressive, se déploie avec une élégance rare. Le groupe l’accompagne avec énormément de retenue et de savoir-faire, laissant chaque nuance s’installer. Une prestation raffinée, lumineuse, qui touche par sa sensibilité. Les chanteuses britanniques nous ont habitué à avoir du coffre et après Alice Armstrong l’an dernier, Emma Wilson se positionne déjà très haut sur l’échiquier de cette édition.


Sean Athens arrive d’Allemagne avec une énergie brute. Sa guitare incandescente domine un blues moderne, puissant, soutenu par un groupe soudé. Le set est explosif, tendu, sans temps mort. Une prestation qui frappe fort, qui s’appuie sur un héritage puisé chez Joe Bonamassa et Gary Moore et qui laisse une empreinte durable. Pour l’avoir remarqué lors du German Blues Challenge à l’automne dernier, nous n’en attendions pas moins de lui ! Voilà un candidat sérieux pour le prix de guitariste de l’année.


Les Luxembourgeois de Rockin’ Dukes injectent une dose de rock’n’roll survitaminé à leur prestation. Riffs tranchants, attitude assumée, énergie contagieuse, leur blues-rock est direct, efficace, taillé pour faire monter la température, et quand bien même ils représentent le plus petit des pays engagés dans le concours, ils donnent sans compter et surtout sans aucun complexe. Une performance à la fois honorable et fougueuse qui dynamise le début du dernier quart de cette première soirée.


L’Italienne Gloria Turrini hypnotise dès les premières notes. Sa voix profonde, gorgée de soul et de gospel, s’élance de derrière sa batterie et domine un trio élégant et sensible où la guitare et les claviers sont particulièrement séduisants et bien en place. Le set raconte, respire, s’étire, et s’offre même un tour plein de malice du côté de chez Muddy Waters. Chaque morceau est une scène, chaque nuance une émotion. Un moment fort, d’une très grande intensité artistique.


La première soirée se clôt dans la douceur et la profondeur. La Finlandaise Unna, portée par un groupe d’orfèvres, le Helge Tallqvist Band, propose un blues feutré, délicat, presque trop bien scénarisé. Sa voix expressive crée une atmosphère suspendue. Une conclusion apaisée, d’une grande musicalité.


Les résultats ne tardent pas à arriver et nous retrouverons samedi soir l’Italie, la Suisse, l’Allemagne et l’Espagne, les quatre nations qui se sont brillamment hissées en finale …
Vendredi 17 avril :
Après un début de set plutôt mesuré, le Hongrois Kustan Adam ouvre la deuxième journée avec une énergie juvénile et électrique. Son blues-rock moderne, teinté de soul et de rock 60’s, pulse avec une intensité communicative. C’est une bonne entrée en matière colorée, dynamique, qui met immédiatement le public en mouvement.


L’Autrichienne Boogie Kathi déborde d’énergie derrière son piano bondissant. Son groupe, The Muddy Bluesmen, déroule un blues-jump à l’ancienne, précis, joyeux, irrésistible. Le public tape du pied, sourit, se laisse emporter. Une prestation lumineuse, qui respire la joie de jouer.


Venu d’Estonie, South of Savoy propose un roots rock nordique chaleureux, porté par une chanteuse charismatique et deux guitares qui s’entrelacent avec élégance. Leur set, brut mais maîtrisé, dégage une belle authenticité. Une proposition sincère, sans artifices, qui visiblement laisse des traces dans l’assistance.


On monte d’un cran avec la Norvégienne Adama Janlo qui captive l’assistance dès son entrée en scène. Sa voix puissante, vibrante, navigue entre blues, soul et R&B. Le groupe l’accompagne avec finesse, créant un écrin idéal pour une prestation intense et émotive. Un moment fort de la soirée, soutenu comme il se doit par une tribu de Vikings qui agite des drapeaux et qui donne de la voix.


The FreeRide Experience, trio géorgien, joue un blues-rock sans filtre, nerveux, gorgé de liberté. Guitare incisive, rythmique musclée, leur set respire la route et l’urgence. Une performance brute, authentique, avec ses petits excès et ses grandes qualités, qui aura su secouer la salle comme il se doit.


Représentant les Pays-Bas, The Hoochies livrent un blues rugueux, sans maquillage. Harmonica sauvage, guitare nerveuse et rythmique solide pour un son brut, direct, qui sent la poussière et la route. Une performance intense et sincère, qui rappelle les racines les plus terreuses du genre.


Après la pause, les Bulgares de Kamen “Katsata” Band arrivent avec une présence brute et une voix grave qui raconte des années de route. Le groupe déroule un blues urbain, râpeux, parfois cuivré, toujours habité. Une prestation puissante, profondément humaine, qui touche par sa vérité.


Le groupe roumain Green Onions Experience propose pour sa part un blues-rock moderne et énergique, dominé par une guitare flamboyante et un saxophone qui apporte une belle couleur soul. Le set est serré, intense, parfaitement exécuté. Une belle démonstration de maîtrise.


Jadran, jeune pianiste croate surdoué, mène un groupe qui fusionne jazz, blues, rock psyché et groove progressif. Sur scène, l’ensemble respire, improvise, explose. Une proposition moderne, ambitieuse, captivante, qui ouvre de nouvelles perspectives au blues européen. Déjà remarqué lors de sa participation au Pinetop Perkins Foundation Workshop à Clarksdale l’été dernier, Jadran a encore pris de l’envergure et l’a prouvé ce soir.


Seul au piano, le Belge Tom Eylenbosch transforme la scène en bar de la Nouvelle-Orléans. Boogie, swing, humour et virtuosité, chaque morceau devient une petite histoire racontée avec panache. Une prestation brillante, attachante, qui séduit autant par la technique que par la personnalité, pleine de subtilité et d’humour.


Le Tchèque Marc Slight & One “O” Eight, homme-orchestre moderne, livre un blues brut et hypnotique. Sa guitare hybride et sa batterie jouée aux pieds créent un univers singulier, inventif, qui surprend autant qu’il séduit. Une performance atypique, marquante, qui ne ressemble à aucune autre.


Ce sont nos Frenchies des SuperSoul Brothers qui clôturent l’événement en transformant la salle en véritable revue soul. Cuivres brûlants, groove irrésistible, chanteur habité, la formation paloise est une machine de scène redoutable, généreuse, festive. Une fin de soirée éclatante, qui laisse le public debout, conquis.


Les résultats arrivent bientôt et nous sommes enchantés d’apprendre que la Norvège, l’Estonie, la France et la Croatie rejoindront l’Italie, la Suisse, l’Allemagne et l’Espagne en finale demain soir … Un grand moment en perspective !
Samedi 18 avril :
Pour la finale, l’EBC s’installe dans l’un des joyaux architecturaux de la Pologne contemporaine, la NOSPR Concert Hall, siège de l’Orchestre National Symphonique de la Radio Polonaise. Le bâtiment, signé par l’architecte Tomasz Konior, impressionne dès l’extérieur par ses lignes de briques rouges et son élégance monumentale. A l’intérieur, la grande salle est un chef-d’œuvre acoustique : bois sculpté, volumes enveloppants, diffusion sonore exceptionnelle. C’est un lieu pensé pour les grandes émotions, les grandes œuvres, les grands moments. Y faire résonner le blues, c’est lui offrir un écrin digne des plus prestigieuses scènes européennes. La finale y prend une dimension presque cérémonielle : lumière parfaite, son d’une précision rare, ambiance solennelle mais vibrante. Chaque groupe y révèle une autre facette de son identité, sublimée par l’acoustique et la majesté du lieu.


Les Français des SuperSoul Brothers ouvrent la soirée avec une assurance déconcertante. Leur groove soul-blues, chaud comme un four de Memphis, s’installe immédiatement dans la salle. La voix, ample et généreuse, se mêle à une section rythmique d’une précision chirurgicale. Les parties de cuivres, impeccables, ajoutent une dimension presque festive sans jamais trahir l’essence de la soul et du blues. Le public réagit au quart de tour, ça tape dans les mains, ça balance, ça sourit. Les SuperSoul Brothers livrent un set parfaitement construit, alternant tension et relâchement, avec un final incandescent qui laisse la salle debout. Une entrée en matière magistrale.


Changement d’ambiance avec l’Italie, qui envoie sur scène une formation élégante, racée, menée par une Gloria Turrini en état de grâce. Derrière sa batterie, elle impose une présence scénique rare, mélange de puissance et de sensualité. Sa voix, profonde et vibrante, enveloppe la salle comme une vague chaude. Les Doctors tissent autour d’elle un écrin sonore subtil, où les claviers respirent la soul et la guitare distille des lignes d’une finesse remarquable. Le public retient son souffle. Chaque morceau raconte une histoire, chaque nuance est pesée. Une prestation d’une intensité artistique exceptionnelle.


Les jeunes Croates de Jadran & Imperfect State apportent maintenant une rupture esthétique bienvenue. Leur blues moderne, teinté d’accents alternatifs et d’une énergie presque indie, surprend d’emblée. Jadran, magnétique, chante avec une sincérité brute, parfois fragile, parfois explosive. Le groupe, soudé, joue sur les contrastes, silences suspendus, montées en puissance, éclats électriques. Le public se laisse happer par cette proposition singulière, audacieuse, qui prouve que le blues européen sait encore se réinventer. Une vraie claque artistique.


On change cette fois de registre, place au feu. Sean Athens arrive comme un fauve lâché sur scène. Sa guitare rugit, tranche, pleure, hurle. Le groupe, solide comme un bloc de granit, le soutient avec une énergie phénoménale. Le set est un uppercut, blues-rock moderne, solos incandescents, tension permanente. On pense à Gary Moore, à Joe Bonamassa, mais Sean Athens impose surtout sa propre signature avec un jeu expressif, généreux, habité. La salle explose à plusieurs reprises. On retient notre souffle en attendant les résultats


Retour aux racines avec le groupe espagnol SirJo Cocchi & Balta Bordoy qui respire la tradition. SirJo, claviériste au groove poisseux et irrésistible, évoque par moments Dr. John, tandis que Balta Bordoy déroule une guitare old school d’une élégance rare. Leur blues est feutré, chaleureux, profondément sincère. Rien n’est forcé, tout est dans la respiration, dans la nuance, dans l’âme. La NOSPR, pourtant vaste, se transforme en club intimiste. Le public écoute religieusement. Une parenthèse de pure musicalité avec un passage a capella très apprécié par l’assistance.


La Suisse envoie une formation redoutablement professionnelle. La chanteuse Eve Gallagher, charismatique, possède une présence scénique qui capte immédiatement l’attention. Le groupe navigue entre blues moderne, soul énergique et touches jazz très maîtrisées. Les arrangements sont ciselés, les transitions fluides, et certains passages flirtent même avec un blues progressif très audacieux. Une prestation solide, ambitieuse, qui nous livre sur un plateau un groupe qui semble être au sommet de son art.


Les Estoniens de South Of Savoy surprennent par leur approche atmosphérique et narrative. Leur blues, teinté de folk nordique et de rock alternatif, installe une ambiance presque cinématographique. La voix, claire et expressive, flotte au-dessus d’un tapis instrumental riche en textures. Le groupe ose les ruptures, les crescendos, les respirations. Le public se laisse embarquer dans ce voyage singulier, poétique, qui apporte une couleur unique à cette finale.


Pour clôturer la soirée, la Norvège propose une artiste à la personnalité forte. Adama Janlo mêle blues, groove, influences africaines et soul moderne dans un cocktail vibrant. Sa voix chaude, son charisme naturel et son sens du rythme créent une connexion immédiate avec la salle. Le set est vivant, généreux, profondément humain. Une manière lumineuse de refermer cette finale, entre tradition et ouverture au monde.


Huit prestations, huit univers, huit façons de dire le blues. La NOSPR a vibré, chanté, tremblé, respiré au rythme de cette Europe musicale qui ne cesse de surprendre. Le jury a eu fort à faire fort à faire pour départager ces artistes qui, chacun à leur manière, ont marqué cette édition 2026. Le temps des formalités protocolaires et de la remise des Blues Behind The Scenes Awards aux trois récipiendaires de l’année et nous voilà arrivés au dénouement avec un palmarès récompensant :
1er Prix : Adama Janlo (Norvège)
2ème Prix : Gloria & The Doctors (Italie)
3ème Prix : SirJo Cocchi & Balta Bordoy (Espagne)
Prix Spécial Solo/Duo : Tom Eylenbosch (Belgique)
Guitariste de l’Année : René Rothacher (Suisse)
Harmoniciste de l’Année : Richard Koster (Pays-Bas)
L’European Blues Challenge 2026 s’achève à Katowice sur un sentiment rare, celui d’avoir assisté à un moment charnière de la scène blues européenne. Durant trois jours, la ville s’est transformée en carrefour culturel où se sont croisés traditions, innovations, héritages et audaces. La finale, portée par huit formations d’une diversité éclatante, a confirmé que le blues n’est pas un genre figé mais un langage vivant, capable de se réinventer sans renier ses racines.



Katowice, déjà reconnue pour son dynamisme culturel, a offert un cadre idéal à cette édition. Organisation impeccable, accueil chaleureux, public passionné, tout concourait à faire de ce rendez-vous un moment inoubliable. Et s’il a bien fallu trancher entre les candidats, le véritable gagnant reste sans doute le blues lui-même, porté par une génération d’artistes qui prouvent qu’il a encore mille choses à dire. L’European Blues Challenge 2026 referme ses portes, mais les émotions, elles, continueront longtemps de résonner. Rendez-vous en 2027 au Portugal pour écrire un nouveau chapitre de cette belle aventure européenne.
Fred Delforge – avril 2026