Inspiration: a tribute to Nat King Cole
(Candid Records – 2026)
Durée 47’55 – 15 Titres
Il y a des artistes dont la trajectoire semble guidée par une évidence, celle de transformer chaque note en signature. George Benson appartient à cette famille rare. Né à Pittsburgh en 1943, il grandit dans un environnement où la musique est à la fois refuge, discipline et promesse. Enfant prodige de la guitare, il se produit dès l’adolescence dans les clubs locaux, façonnant un jeu déjà marqué par une virtuosité naturelle et une aisance rythmique qui étonnent les musiciens chevronnés. Très vite, sa réputation franchit les frontières de sa ville natale et Benson devient l’un des jeunes guitaristes les plus prometteurs de la scène jazz américaine.
Les années 60 le voient collaborer avec des figures majeures comme Jack McDuff ou Grant Green. Son toucher précis, son sens du phrasé et sa capacité à naviguer entre swing, soul et bop lui valent le surnom de “new boss guitar”. Mais Benson n’est pas seulement un instrumentiste d’exception, il possède également une voix chaude, souple, immédiatement identifiable, qui lui ouvre les portes d’un succès populaire fulgurant dans les années 70 et 80. « Breezin’ », « Give Me The Night », « Turn Your Love Around » … autant de titres qui installent définitivement son statut d’icône, capable de concilier exigence jazz et séduction grand public. Dix Grammy Awards plus tard, il demeure l’un des artistes les plus respectés de sa génération, admiré pour sa longévité, son élégance et sa capacité à réinventer son art sans jamais trahir ses racines.
Parmi les influences qui ont façonné George Benson, Nat King Cole occupe une place à part. Le chanteur-pianiste, maître du raffinement et de la douceur, a marqué l’imaginaire du jeune Benson au point de devenir une référence intime, presque fondatrice. Avec « Inspiration: A Tribute To Nat King Cole », l’artiste ne se contente pas de revisiter un répertoire, il célèbre une filiation, un héritage émotionnel, une manière de concevoir la musique comme un art de la délicatesse.
La réédition 2026, supervisée par Benson et John Burk, offre une version plus complète et plus lumineuse de l’album initial. Remasterisé, réorganisé, enrichi de trois titres issus des sessions originales, ce nouvel opus permet de redécouvrir l’ambition du projet, restituer l’esprit Cole avec une précision orchestrale somptueuse, tout en y insufflant la personnalité de Benson.
Dès les premières mesures, on retrouve cette alliance rare entre sophistication et chaleur. La présence du Henry Mancini Institute Orchestra donne aux arrangements une ampleur cinématographique, tandis que les charts inspirés de Nelson Riddle rappellent l’âge d’or des grandes productions vocales. Benson, lui, navigue avec une aisance souveraine, sa guitare, toujours aussi chantante, dialogue avec sa voix dans un équilibre parfait.
Les invités prestigieux apportent une couleur supplémentaire à l’ensemble. Wynton Marsalis, avec son lyrisme feutré, magnifie une ballade intemporelle, Idina Menzel apporte une touche contemporaine sans dénaturer l’esprit du projet, Till Brönner et Judith Hill complètent ce casting de haute volée, chacun apportant une nuance personnelle à ces standards immortels.
Les nouveaux titres intégrés à cette édition élargie renforcent encore la cohérence du disque. Ils dévoilent un Benson profondément respectueux de l’œuvre de Cole, mais jamais figé dans la simple imitation. Il y a dans sa manière de revisiter « Route 66 », « Nature Boy » ou « Mona Lisa » une élégance qui n’appartient qu’à lui, un mélange de swing, de douceur et de précision qui fait de cet hommage un véritable acte d’amour musical.
Ce qui se dégage naturellement au fil des quinze titres, c’est la sincérité du geste. Benson ne cherche pas à moderniser Nat King Cole, ni à le réinventer, il le célèbre, il le remercie, il le prolonge. L’album devient alors un pont entre deux époques, deux voix, deux manières de toucher le cœur du public. On y entend autant la nostalgie d’un fan que la maîtrise d’un maître.
Avec cette réédition, George Benson rappelle qu’il est l’un des derniers grands stylistes du jazz populaire, capable de faire dialoguer tradition et modernité sans jamais sacrifier la qualité. Et en rendant hommage à Nat King Cole, il signe l’un de ses projets les plus personnels, les plus tendres, les plus aboutis.
Un disque qui respire la gratitude, la transmission et la beauté simple des chansons bien faites. Un album qui, comme son titre l’indique, inspire.