Burn the house down
(Ruf Records – 2026)
Durée 37’41 – 11 Titres
Il y a des artistes qui traversent les genres, d’autres qui les bousculent, et puis il y a Ghalia Volt, qui les fait voler en éclats. Pas de barrières, aucune limite, ça a toujours été l’approche de Ghalia Volt envers la musique roots américaine annonce-t-elle d’emblée. Une profession de foi qui résume parfaitement le parcours de cette musicienne belge devenue, en une décennie, l’une des figures les plus singulières du blues moderne.
Ghalia Volt grandit au son du flamenco et des musiques traditionnelles espagnoles que ses grands-parents affectionnent. Très vite, ses horizons s’élargissent, punk, garage rock, psychobilly… puis les racines du rock’n’roll, jusqu’à la découverte fondatrice de Skip James et J.B. Lenoir. A 11 ans, elle joue déjà de la guitare. A l’adolescence, elle apprend la scène dans la rue, guitare en bandoulière, prête à capter l’attention du public sans rien derrière quoi se cacher.
Cette école de la débrouille et de l’authenticité façonne une artiste entière, instinctive, incapable de tricher. Dès 2016, elle enchaîne les albums, « Have You Seen My Woman », « Let The Demons Out », puis « Mississippi Blend », qui grimpe jusqu’à la troisième place du Billboard Blues Chart. Suivent « One Woman Band » en 2021, où elle joue simultanément guitare et batterie, et « Shout Sister Shout! » en 2023, numéro 2 du même classement.
Sur scène, elle partage des moments marquants avec Cedric Burnside ou Buddy Guy, et multiplie les tournées sold-out en Europe comme aux États-Unis. Dix ans d’un parcours sans compromis, où chaque disque marque une étape supplémentaire vers une liberté artistique totale.
Avec « Burn The House Down », Ghalia Volt signe son sixième album, et peut-être son plus personnel. Enregistré à Nashville avec JD Simo, le disque revendique une esthétique brute, immédiate, presque sauvage. Nous n’avons fait que quelques prises de chaque chanson. C’est brut, c’est réel, c’est simple. Tout est une question de spontanéité et de ressenti, explique-t-elle.
L’album a été capté en deux jours, en live, dans une seule pièce, amplis qui bavent et énergie qui circule librement. Autour d’elle, JD Simo aux guitares et à la production, Brian Allen à la basse et Chris Powell à la batterie. Une formation resserrée, pensée pour capturer un moment, une énergie, comme un photographe saisirait un instant décisif.
Les onze titres dessinent une géographie intime où le blues sert de point de départ à toutes les influences qui ont façonné Ghalia Volt. On y croise le shuffle hypnotique façon John Lee Hooker de « Lucifer’s Grip », les grooves moites de juke joint dans « Let Yo’ Hair Down », le Hill Country blues répétitif et envoûtant de « Where Do We Go », le rock nocturne et nerveux de « Mine », les éclats garage de « No Ice Please », et même des touches de flamenco, héritage de son enfance.
Chaque morceau semble taillé dans le vif, sans vernis, sans retouches. La blueswoman le dit elle-même, nous ne recherchions pas un bijou poli, mais plutôt un diamant brut. Et elle confirme ici son statut de « slide-ripping guitarist ». Son jeu est tranchant, félin, parfois minimaliste, toujours habité. Sa voix, veloutée mais ferme, porte des textes qui parlent de joie, de douleur, de désir, de survie.
Le morceau-titre, « Burn The House Down », agit comme un manifeste, brûler pour reconstruire, se libérer pour créer. « River Song », plus ample et contemplatif, offre une respiration lumineuse avant la conclusion dépouillée de « Black And White », à peine plus d’une minute trente d’intimité pure.
Avec « Burn The House Down », Ghalia Volt franchit un cap. Elle ne se contente plus d’honorer les traditions du blues, elle les réinvente, les tord, les embrase pour en faire sa propre langue. Ce disque, brut, vibrant, incandescent, marque l’entrée de Ghalia Volt dans une nouvelle décennie de création.