Petit journal du feu
(L’Autre Distribution – 2026)
Durée 52’08 – 12 Titres
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Il y a chez Imbert Imbert une manière rare de faire vibrer la chanson française, une façon de sculpter les mots comme d’autres travaillent le métal, de les tordre, de les chauffer, de les laisser rougir avant de les déposer, encore brûlants, dans le creux d’une mélodie. Cette tension entre la fragilité et la braise, il ne l’a pas inventée, il l’a héritée.
Né dans un univers où la création se mêle à la combustion, Imbert Imbert grandit auprès d’un père marqué à vie par les flammes. Cet homme, Dominique Imbert, passa son enfance dans les hôpitaux après avoir été grièvement brûlé. De cette épreuve, il tira une force singulière, rester debout, apprivoiser le feu, le transformer en art. Il forgeait, fondait, créait des cheminées comme d’autres écrivent des poèmes. Il maniait les braises à mains nues, se coupait les cheveux au briquet, déplaçait les bûches comme si la brûlure n’était plus une menace mais une compagne.
C’est dans cette atmosphère que le jeune Imbert Imbert apprend à regarder le monde, avec fascination, avec respect, avec cette conscience aiguë que la beauté naît souvent de ce qui brûle. Sa musique, plus tard, portera cette empreinte. Une voix grave, un phrasé qui claque comme une étincelle, une écriture qui ne craint ni l’ombre ni la vérité. Il devient un artisan de chansons, un conteur qui avance à pas de funambule entre la poésie, la douleur, l’humour noir et la tendresse.
Depuis sept ans, il s’entoure d’un quartet fidèle avec Brunoi Zarn à la guitare folk, Mathieu Werchowski au violon, Laurent Paris aux percussions, et Lucie Delmas au piano, à qui se joignent les voix d’Emmanuelle Ader et Esther Marlot. Ensemble, ils façonnent un univers où chaque respiration compte, où chaque silence est une matière vivante.
Avec « Petit journal du feu », Imbert Imbert signe l’un de ses albums les plus intimes, les plus habités, les plus viscéraux. Le disque est un hommage à son père, mais aussi une exploration de ce que le feu fait à la mémoire, à l’amour, à la musique. Il ne s’agit pas d’un concept, il s’agit d’une combustion lente.
Parmi les onze titres, un morceau se distingue immédiatement, « Virgule ». Sans paroles, simple respiration, il devient le centre de gravité du disque. Une pause, un souffle, un espace où l’on se dépose avant de replonger dans les braises. C’est une idée magnifique : faire du silence un personnage, un témoin, un héritage.
Le titre dévoilé en avant-première, « Je bronze (à ton silence) », montrait l’album sous son angle le plus charnel. La voix d’Imbert Imbert y avance comme une brûlure lente, soutenue par un quartet qui joue live, avec les regards, les respirations, les micro‑tensions qui donnent à la musique sa vérité. Rien n’est lisse, tout est vivant.
La présence de René Lacaille à l’accordéon apporte une chaleur supplémentaire, une couleur insulaire, une douceur qui contraste avec la rudesse du feu. Quand un musicien de cette stature affirme que c’est un des plus beaux albums auxquels il ait participé, cela dit quelque chose de la profondeur du projet.
Enregistré entièrement live, « Petit journal du feu » respire. On y entend les silences, les gestes, les regards. On y sent la fragilité, l’élan, la brûlure. C’est un disque qui parle de l’adieu, de ce que l’on perd, de ce que l’on touche, de ce qui reste. Un disque qui ne cherche pas à panser la douleur mais à la comprendre, à la regarder, à la transformer en musique.
Au-delà de l’hommage, l’album raconte la filiation, ce que l’on reçoit, ce que l’on porte, ce que l’on transmet. Le feu n’est plus seulement une blessure ou une force, il devient un langage. Imbert Imbert en fait un journal, un carnet de bord, un rituel. « Petit journal du feu » est un disque qui brûle sans consumer, qui éclaire sans aveugler.
Avec cet album, l’artiste signe une œuvre majeure, à la fois intime et universelle. Un disque de chair, de souffle, de braise. Un disque qui rappelle que la musique n’est jamais qu’une manière de toucher ce que l’on ne peut retenir.