JAKE CALYPSO & STEPH B.

49 Highway Blues 

(Yokatta Records – 2026)  

Durée 30’46 – 10 Titres 

https://www.jakecalypso.com

Jake Calypso et Steph B. incarnent une forme rare de fidélité aux racines du blues. Le premier, chanteur et guitariste au timbre rugueux et habité, s’est forgé une réputation dans les cercles rockabilly et blues européens grâce à une approche instinctive et viscérale de la musique. Le second, contrebassiste mais aussi harmoniciste au souffle profond, est un artisan du son, aussi à l’aise dans l’interprétation que dans la captation sonore, comme en témoigne son travail de mixage et de mastering.

Leur rencontre n’a rien d’anecdotique, elle repose sur une passion commune pour les pionniers du Delta Blues, ceux qui ont chanté la douleur, la route, l’amour perdu et les esprits du Sud profond. Ensemble, ils ont sillonné les États-Unis, traquant les lieux de mémoire, les échos des voix disparues, les vibrations du passé. Leur périple les a menés jusqu’à Greenwood, Mississippi, à quelques pas de la tombe de Robert Johnson, figure tutélaire du blues, pour y enregistrer un album live hors du temps.

Enregistré le 14 octobre 2025, « 49 Highway Blues » est bien plus qu’un disque, c’est une offrande. Capté en plein air, dans une atmosphère moite et chargée de moustiques, ce live acoustique restitue l’essence du blues traditionnel avec une sincérité désarmante. Jake Calypso et Steph B. s’y présentent en duo, guitare et harmonica, dans la lignée de Sonny Terry & Brownie McGhee, sans artifice ni fioriture.

Le disque s’ouvre sur « Come On In My Kitchen », hommage direct à Robert Johnson, dont l’ombre plane sur l’ensemble du projet. La voix de Jake, rocailleuse et vibrante, s’accorde à merveille avec les volutes de l’harmonica de Steph B., qui semble respirer le vent du Sud. Les morceaux s’enchaînent comme autant de haltes sur la route du blues, « Kansas City Blues », « It Hurts Me Too » (Tampa Red), « Milk Cow Blues » (Fred McDowell), « Driftin’ Blues » (Charles Brown)… Chaque titre est interprété avec respect, mais aussi avec une touche personnelle qui évite l’écueil du pastiche.

La face B du vinyle poursuit ce voyage avec « 49 Highway Blues », clin d’œil à Big Joe Williams, « Corrine Corrina », « That’s All Right » (Jimmy Rodgers), et l’incontournable « Sitting On Top Of The World ». Le final, « One Scotch, One Bourbon, One Beer », évoque Snooks Eaglin dans une version épurée mais pleine de caractère.

Ce qui est remarquable dans « 49 Highway Blues », c’est l’authenticité du geste. Loin des studios aseptisés, Jake et Steph ont choisi de s’immerger dans le décor même du blues, sur les routes mythiques du Mississippi, pour capter l’âme de cette musique. Le résultat est brut, organique, parfois rugueux, mais toujours habité. L’album est accompagné d’un visuel sobre et évocateur, avec des photos du lieu d’enregistrement, de la tombe de Robert Johnson, et de la Money Road, comme autant de repères géographiques et spirituels.

En somme, « 49 Highway Blues » est un disque de pèlerinage, un hommage vibrant aux maîtres du genre, mais aussi une démonstration de la vitalité du blues en 2025. Jake Calypso et Steph B. ne cherchent pas à moderniser le blues, ils le vivent, le respirent, et nous le transmettent avec une ferveur rare. Un album à écouter les yeux fermés, en imaginant le vent du Sud et les fantômes qui dansent sur les routes poussiéreuses du Delta.

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