I’m in trouble
(Autoproduction – 2026)
Durée 34’17 – 9 Titres
A Kamloops, en Colombie-Britannique, le blues a trouvé un messager inattendu. A seulement dix-sept ans, Jake Soberlak joue, chante et respire cette musique avec une maturité qui déroute autant qu’elle fascine. Rien, dans son histoire, ne semblait prédestiner un adolescent de l’intérieur de la province à devenir l’un des jeunes talents les plus prometteurs du blues canadien. Et pourtant, tout a commencé par un geste simple, fouiller dans les vieux disques de son grand-père.
Il y avait quelque chose de vrai là-dedans, confie-t-il. Ces albums venus d’Angleterre ont ouvert une porte qu’il n’a jamais refermée. Comme tous ceux que le blues attrape pour de bon, Jake a suivi les maîtres, B.B. King, Peter Green, Eric Clapton. Une éducation autodidacte, patiente, passionnée, qui l’a mené à la guitare à treize ans, puis à l’harmonica à quatorze. Très vite, les musiciens de Kamloops ont compris qu’il se passait quelque chose. Jake ne jouait pas à faire du blues, il jouait le blues.
Ce qui frappe chez lui, c’est cette compréhension instinctive de la tradition. Quand on lui demande comment un adolescent peut s’approprier une musique souvent associée à la dureté de la vie, il répond avec une lucidité désarmante que toutes les chansons blues ne sont pas tristes, que c’est vraiment un reflet de la vie, heureuse et triste avec tout ce qu’il y a entre les deux. Une phrase qui résume tout, le blues n’est pas une imitation, c’est une connexion. Et Jake s’y connecte avec une sincérité rare.
Cette sincérité, on la retrouve dans son premier album, « I’m In Trouble », enregistré à Vancouver dans les conditions les plus authentiques possibles. Sous la direction du producteur et batteur Leon Power (City and Colour, Frazey Ford), entouré de Darren Parris à la basse, Darryl Havers au piano et John Raham à la réalisation, Jake a enregistré chaque morceau live, sans overdubs et sans filet. Juste quatre musiciens dans une pièce !
Le premier extrait, « You Gotta Leave », donne immédiatement le ton. Inspiré par Papa Lightfoot et son morceau « Wine, Whiskey and Women », Jake voulait retrouver cet effet vocal chanté directement à travers le micro harmonica. Le résultat est un titre qui claque, qui respire, qui transpire le blues traditionnel tout en restant résolument personnel. La ligne d’ouverture est d’une simplicité désarmante, mais Jake la délivre avec une assurance qui dépasse son âge. On entend l’héritage, mais jamais la copie.
Le morceau est porté par un piano solo incandescent, que Jake considère comme l’un de ses moments préférés de tout l’album. Et il a raison, ce solo, posé sur un groove qui avance avec un naturel confondant, donne au titre une couleur presque live, comme si l’on était dans la pièce avec eux.
L’ensemble de l’album suit cette logique, authenticité, spontanéité, respect de la tradition, mais sans jamais se figer dedans. Jake joue de la guitare, du slide et de l’harmonica avec une aisance qui ferait rougir des musiciens deux fois plus âgés. Son slide, en particulier, est remarquable, précis, expressif, jamais démonstratif. Jake n’a rien à cacher.
Ce qui rend « I’m In Trouble » si convaincant, c’est cette combinaison rare avec un jeune artiste qui connaît ses racines, qui les honore, mais qui n’a pas peur de les habiter à sa manière. Les chansons respirent la vie, la joie, la mélancolie, l’humilité. On y entend un musicien qui ne surjoue rien, qui ne force rien, qui laisse simplement le blues parler à travers lui.
Jake Soberlak n’a qu’un objectif, jouer sa musique et se produire sur scène ! Une volonté simple, droite, sans détour, exactement comme sa musique. Il construit sa réputation scène après scène, salle après salle, festival après festival. Et avec « I’m In Trouble », il signe un premier album qui n’a rien d’un coup essai, c’est une déclaration.
Le blues a toujours trouvé ses messagers dans des endroits inattendus. Cette fois, il a choisi Kamloops. Et il a choisi Jake Soberlak.