Truth in the room – The Clearmountain sessions 

(Blue Elan Records – 2026)  

Durée 44’18 – 10 Titres 

https://www.janivamagness.com

La trajectoire de Janiva Magness est de celles qui façonnent une légende. Née à Detroit, forgée par une enfance cabossée et une adolescence en quête de repères, elle a bâti sa vie comme elle a bâti sa carrière, avec une détermination farouche, une intégrité inébranlable et une voix capable de porter autant la douleur que la lumière. Depuis plus de trente ans, Janiva Magness s’est imposée comme l’une des grandes figures du blues contemporain, cumulant distinctions et reconnaissances, sept Blues Music Awards dont le prestigieux B.B. King Entertainer of the Year, une première pour une femme, et une entrée au Women’s Songwriter Hall of Fame. Mais au‑delà des trophées, c’est sur scène qu’elle révèle sa vérité, une présence magnétique, une puissance vocale qui ne sacrifie jamais la nuance, une humanité qui transperce chaque note.

Janiva Magness a toujours avancé sans compromis, refusant les artifices pour privilégier l’émotion brute. Sa discographie, riche et cohérente, témoigne d’une artiste qui ne cesse de se renouveler sans jamais perdre son centre de gravité, l’honnêteté. Elle chante comme on se confie, avec cette capacité rare à transformer les épreuves en force créatrice. Son parcours, marqué par la résilience, irrigue son art et lui confère cette profondeur qui fait la différence entre une bonne chanteuse et une grande artiste.

Avec « Truth In The Room – The Clearmountain Sessions », son dix-huitième album, Janiva Magness offre exactement ce que son public espérait, un disque qui capture l’essence de son art, sans filtre, sans surcharge, sans artifices. Enregistré en conditions live aux Berkley Street Studios de Santa Monica, devant cent cinquante invités privilégiés, l’album bénéficie de la prise de son limpide de Bob Clearmountain, ingénieur et producteur mythique dont le CV traverse l’histoire du rock et de la pop. Le résultat est saisissant, on a l’impression d’être dans la salle, à quelques mètres de la scène, enveloppé par une chaleur sonore qui privilégie la vérité plutôt que l’esbroufe.

La voix de l’artiste y apparaît dans toute sa splendeur, souple, précise, capable de passer d’un murmure caressant à une intensité presque incandescente. Jamais forcée, jamais démonstrative, toujours habitée. Elle chante comme on respire, avec une justesse émotionnelle qui donne à chaque morceau une dimension presque tactile.

Pour ce projet, la diva s’est entourée de musiciens de confiance, artisans d’un son à la fois ample et intimiste, avec Zach Zunis et sa guitare tranchante, héritée du Texas, mais toujours au service du collectif, avec Jim Alfredson au piano et à l’orgue Hammond, dont les textures moelleuses enveloppent la voix avec une élégance rare, avec Gary Davenport qui pose une basse solide et précise qui ancre le groove sans jamais l’alourdir, avec W.F. Quinn Smith dont la batterie souple, réactive, est parfaite pour un enregistrement live, et enfin avec Bernie Barlow et ses harmonies vocales fines et lumineuses qui ajoutent une profondeur émotionnelle supplémentaire.

Le choix des morceaux reflète l’intelligence artistique de Janiva Magness et le programme alterne compositions et reprises, dessinant un portrait complet de ce qu’elle sait faire de mieux, raconter, émouvoir, galvaniser. On s’attardera sur « My Bad Luck Soul » qui ouvre l’album avec une intensité immédiate, sur « Slipped, Tripped And Fell in Love », emprunté à Ann Peebles, qui prolonge cette énergie avec un groove irrésistible. 

« That’s What Love Will Make You Do » apporte une élégance rythmique qui met en valeur la souplesse du groupe tandis que « Make It Rain » et « The Devil Is An Angel Too » rappellent à quel point le soul‑blues peut être régénérant lorsqu’il est interprété avec sincérité. Chaque titre devient un fragment de vérité, un moment suspendu où Janiva Magness semble chanter pour chacun individuellement.

« Truth In The Room » porte bien son nom. C’est un disque qui ne triche pas, qui ne maquille rien, qui montre une artiste au sommet de son art, entourée d’un groupe soudé, captée par un ingénieur qui sait écouter avant de produire. Un album qui rappelle que le blues n’est pas une esthétique, mais une manière d’être au monde, sincère, vulnérable, lumineuse.

Janiva Magness y apparaît telle qu’elle est, une femme debout, une voix qui raconte, une artiste qui continue de grandir. Et pour ceux qui la suivent depuis longtemps, ce disque sonne comme une évidence, la vérité est là, dans la pièce, et elle porte son nom.

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