JEAN-LUC THOMAS QUARTET

Sillons

(Hirustica – InOuïe Distribution – 2026)  

Durée 56’47 – 8 Titres 

https://www.jeanlucthomas.com

Depuis plus de vingt-cinq ans, Jean‑Luc Thomas trace une trajectoire singulière, celle d’un flûtiste breton devenu arpenteur du monde, passeur infatigable entre traditions, improvisations et cultures populaires. Originaire du Trégor, il a fait de la flûte traversière en bois un véritable passeport, l’emmenant des festoù‑noz aux pubs irlandais, des villages du Niger aux scènes brésiliennes, des musiques anciennes aux créations contemporaines. Son parcours, jalonné de collaborations avec des artistes aussi divers que Carlos Malta, Michel Godard, Yacouba Moumouni, Vitor Lopes ou Ravichandra Kulur, témoigne d’une curiosité sans frontières et d’une fidélité profonde à l’oralité.

Cette ouverture radicale, Jean‑Luc Thomas l’a toujours envisagée comme un engagement humain autant qu’artistique. Pas de recettes, pas d’exotisme de surface, seulement la conviction que la musique est un espace de dignité, de rencontre et de circulation. « Ma flûte m’a ouvert les portes du monde », confie-t-il volontiers. Et c’est bien un monde entier qu’il restitue, généreux, mouvant, traversé de voix et de mémoires.

Après avoir longtemps multiplié les projets collectifs, il choisit aujourd’hui de signer une formation à son nom, Jean‑Luc Thomas Quartet. Une évidence plus qu’une mise en avant, tant ce quartet fonctionne comme une famille musicale, soudée par le goût de la mélodie, du rythme et de l’improvisation. A ses côtés, trois musiciens issus du jazz, des musiques traditionnelles ou anciennes, le contrebassiste Simon Le Doaré, architecte des profondeurs et des orchestrations, l’accordéoniste Timothée Le Net, compagnon de longue date, maître des respirations harmoniques, et enfin le batteur Hugo Pottin, moteur souple et inventif, capable de naviguer entre groove, transe et délicatesse.

Pour l’album, trois invitées exceptionnelles viennent élargir encore le spectre, Catherine Delaunay aux clarinettes, Marie‑Suzanne de Loye à la viole de gambe et Line Willerval à la gadulka. Trois couleurs, trois traditions, trois manières d’ouvrir des portes.

Avec « Sillons », le onzième album sous son nom, Jean‑Luc Thomas signe l’un de ses disques les plus personnels. Non pas un repli sur soi, mais au contraire une manière d’embrasser tout ce qui l’a façonné, les maîtres croisés, les routes parcourues, les musiques partagées, les nuits de danse, les rencontres imprévues. Le titre dit tout, des sillons comme ceux d’un vinyle, comme ceux d’un champ, comme ceux que l’on trace en avançant.

Dès les premières mesures, on comprend que « Sillons » n’est pas un album de fusion mais un album de friction fertile. Les influences y dialoguent sans jamais se diluer, la pulsation chaude du Niger, les syncopes brésiliennes, les modes indiens, les bourrées et gavottes bretonnes, les improvisations héritées du jazz …

Le quartet joue serré, précis, mais toujours avec cette respiration organique qui fait la marque des musiques de tradition orale. La flûte de Jean‑Luc Thomas, tantôt aérienne, tantôt terrienne, y circule comme un fil conducteur, un souffle qui relie les continents.

Le single « Takamba Yacouba », dévoilé en mars 2026, donne le ton avec un hommage vibrant aux musiques du Niger, porté par une énergie de transe et une écriture ciselée. La version live, disponible en vidéo, révèle un quartet en pleine maîtrise, capable de faire monter la tension sans jamais perdre la finesse du détail.

L’une des forces de « Sillons » réside dans son équilibre. Chaque morceau semble né d’une mémoire précise, mais s’ouvre immédiatement à l’imprévu. Les arrangements de Simon Le Doaré, Timothée Le Net et Hugo Pottin tissent un écrin subtil, où chaque invité trouve sa place sans jamais surligner le propos. La viole de gambe apporte une profondeur presque liturgique, la gadulka fait surgir des résonances balkaniques, les clarinettes glissent entre souffle et murmure, comme une conversation parallèle.

« Sillons » n’est pas un album démonstratif. C’est un album généreux, habité, qui avance par cercles, par spirales, par respirations. On y entend la route, la poussière, les nuits de fête, les silences partagés, les transmissions patientes. On y entend surtout une manière rare de faire musique, humble, ouverte, et profondément humaine.

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