Karadeniz dreamin’
(Vlad Productions – InOuïe Distribution – 2026)
Durée 42’12 – 10 Titres
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Né à Istanbul, Johnny Makam est l’un de ces groupes qui réinventent la tradition en la propulsant sur le dancefloor. Formé de musiciens venus d’horizons variés, le collectif puise à la fois dans les musiques de Turquie, de Bulgarie et de Macédoine, dans l’énergie brute du rock et dans la puissance hypnotique de l’electro. Leur nom renvoie au maqâm, système modal complexe qui structure une grande partie des musiques du Maghreb jusqu’à l’Asie centrale, et dont ils réinterprètent les codes avec une liberté jubilatoire.
Au cœur de cette architecture sonore, la voix magnétique d’Ebru Aydın agit comme un fil conducteur, portée par un line‑up solide réunissant Yann Le Glaz au saxophone, Camille Holzer aux guitares, Kévin Balzan‑Dorizas à la basse et Benjamin Richard à la batterie. Le groupe s’est d’abord fait remarquer avec l’EP « Elektronik Ziyafet », avant de multiplier les scènes et festivals, des Nuits Métis au Festival Terres de Couleurs, en passant par Jazz à Foix ou Rio Loco, confirmant une identité scénique puissante et fédératrice.
En 2026, Johnny Makam franchit une nouvelle étape avec la sortie de son premier album, « Karadeniz Dreamin’ », un manifeste musical qui condense leur vision, une transe moderne, hybride, enracinée et futuriste à la fois.
Avec cette première œuvre, Johnny Makam signe un album qui dépasse largement la simple fusion. C’est une déclaration d’intention, un voyage sonore où les rythmes asymétriques, les makams et les formes populaires, halay, çiftetelli, baladi, curcuna, se mêlent à des textures électroniques, des pulsations techno et une énergie rock assumée.
L’album compte dix titres, dont neuf compositions originales, et s’ouvre sur « Yanar Döner », morceau incandescent où la voix d’Ebru Aydın se déploie sur un groove implacable, enrichi par les interventions de la clarinette et des percussions invitées. Dès les premières mesures, le ton est donné, c’est un disque pensé pour la scène, pour la danse, pour la transe.
Le morceau titre, « Karadeniz Dreamin’ », incarne parfaitement cette esthétique avec une mélodie héritée de la mer Noire, portée par un beat électronique qui pulse comme un cœur mécanique. Plus sombre, « Karadeniz Kabus » (“le cauchemar de la mer Noire”) explore la face nocturne du même imaginaire, jouant sur les contrastes entre tradition et modernité.
La seconde moitié du disque s’aventure vers des territoires encore plus hybrides avec « Baladi’n Wonderland » qui déploie une atmosphère presque cinématographique, où les machines dialoguent avec les instruments traditionnels, avec « Holographik Çiftetelli » qui pousse la fusion à son paroxysme, véritable laboratoire sonore où les invités Cüneyt Sepetçi et Betül Kaplanoğlu Aydoğan apportent une couleur authentiquement stambouliote. « Her Şey Yolunda », qui clôt l’album, agit comme un retour à la lumière, un morceau ample, lumineux, presque apaisé, comme si le voyage trouvait enfin son port d’attache.
Chaque titre participe à un récit global, celui d’une Anatolie réinventée, connectée aux cultures électroniques mondiales, sans jamais renier ses racines. Le travail sur les timbres, saxophone électronique, guitare fretless, synthés, darbuka, kanun, kemençe, crée une identité sonore immédiatement reconnaissable.
Avec « Karadeniz Dreamin’ », Johnny Makam réussit ce que peu de groupes parviennent à accomplir, faire dialoguer la tradition et l’avant‑garde sans les opposer, en assumant pleinement la dimension festive, politique et émotionnelle de leur musique. L’album est à la fois exigeant et accessible, profondément ancré dans les héritages anatoliens tout en s’adressant à un public global.
C’est un disque qui se vit autant qu’il s’écoute, pensé pour la scène, pour la danse, pour la communion. Un premier album qui ressemble à une carte du monde, celle d’une diaspora musicale qui circule, se transforme, se réinvente.