Son of a sinner
(Blind Pig Records – 2026)
Durée 47’21 – 11 Titres
Il y a des voix qui ne s’inventent pas. Celles qui portent la poussière des routes, la sueur des bars enfumés, les prières murmurées dans le noir. Celles qui racontent une vie avant même qu’on en connaisse l’histoire.
La voix de Jovin Webb est de celles‑là, une voix que Downbeat décrit comme infusée de nicotine et marinée dans du rye whiskey, une voix qui ne joue pas à faire du blues mais qui le vit.
Né et élevé à Baton Rouge, Jovin Webb grandit dans un environnement où la musique n’est pas un hobby mais une respiration. Le gospel du dimanche, les grooves moites du Sud profond, les réalités parfois dures de la Louisiane, tout cela façonne un timbre qui semble avoir traversé plusieurs vies. Avant d’être repéré par le grand public, Webb forge son identité sur scène, nuit après nuit sur la Gulf Coast, dans ces lieux où l’on gagne son public à la force du cœur, pas du marketing.
En 2020, sa participation à American Idol le propulse sous les projecteurs nationaux. Lionel Richie, Luke Bryan et Katy Perry saluent alors quelque chose de rare, l’authenticité. Pas un style, pas une posture, juste une vérité. Webb ne cherche pas à imiter les anciens, il les prolonge.
Son premier album, « Drifter », révélait un artiste en quête d’équilibre, partagé entre la tentation du samedi soir et la rédemption du dimanche matin. Deux ans plus tard, il revient avec un disque plus profond, plus brut, plus personnel, « Son Of A Sinner », produit par Tom Hambridge et enregistré à Nashville.
Avec ce nouvel ouvrage, Jovin Webb ne cherche plus sa place, il l’occupe. « Son Of A Sinner » est un acte de vérité, un disque où l’homme et l’artiste ne font plus qu’un. Là où « Drifter » racontait l’errance, son successeur raconte le face‑à‑face. Celui avec les démons, les regrets, les tentations, mais aussi avec la possibilité, fragile, incertaine, de la rédemption.
Le single « Pray for Me » donne immédiatement le ton, guitare tremolo poisseuse, harmonica plaintif, confession sans fard. Webb y chante la lutte intérieure, l’addiction, la foi, la culpabilité, ce qu’il appelle être « just a son of a sinner ». C’est un morceau qui ne triche pas, qui ne maquille rien. Et c’est précisément ce qui le rend bouleversant. Cette tension entre chute et salut irrigue tout l’album.
On y découvre des brûlots, des blessures, et des prières comme « Gunpowder & Lead », un blues‑rock nerveux, presque dangereux, où Webb raconte les conséquences de la colère et des choix impulsifs, comme « After The Rain, une ballade sudiste d’une grande sensibilité, où la perte devient un terrain de reconstruction, ou encore comme « These Boots », un groove funk‑blues irrésistible, qui rappelle que Webb sait aussi faire sourire et danser. Et puis « I Started Young », véritable plongée dans le blues le plus classique, confession d’un homme qui a brûlé les étapes et parfois les ailes.
Webb revisite également Delbert McClinton avec « Every Time I Roll the Dice », qu’il transforme en morceau louisianais pur jus, plein de charme et de vécu. Mais le sommet émotionnel reste « Whipping Post », qu’il avait marqué de son empreinte lors d’American Idol. Ici, il commence seul, presque fragile, avant que le groupe ne l’emporte dans un crescendo déchirant. C’est une interprétation qui ne cherche pas à rivaliser avec l’Allman Brothers Band mais qui cherche juste à dire la vérité de Webb. Et elle y parvient.
« Son Of A Sinner » est un disque à la fois intemporel et brûlant d’actualité, enraciné dans la tradition mais porté par une voix et une perspective uniques. Webb ne joue pas au bluesman, il raconte sa vie. Et c’est précisément ce qui fait de cet album un moment important pour le blues contemporain. A découvrir sur la platine mais aussi en live.