Gypsy blue revue
(Forty Below Records – 2026)
Durée 55’28 – 9 Titres
Il y a des rencontres qui ne relèvent ni du hasard ni de la simple opportunité musicale, mais d’une véritable convergence d’âmes artistiques. Celle entre JP Soars, guitariste au parcours atypique devenu l’une des figures les plus singulières du blues américain contemporain, et Anne Harris, violoniste virtuose à l’énergie magnétique, appartient à cette catégorie rare. Ensemble, ils signent avec « Gypsy Blue Revue » un album qui capture l’essence même de leur complicité, instinctive, vibrante, profondément humaine.
Né en Californie, grandi en Arkansas puis installé en Floride, JP Soars a façonné son identité musicale sur les routes, dans les clubs, au contact direct du public. Sa révélation remonte à un moment fondateur, une rencontre avec B.B. King à l’âge de 18 ans, qui scelle définitivement son engagement envers le blues.
Guitariste incandescent, chanteur à la voix chaude et songwriter instinctif, Soars n’a jamais accepté les frontières stylistiques. Blues, rock’n’roll, gypsy jazz, country, grooves latins… il traverse les genres avec une aisance déconcertante, guidé par une seule boussole, l’émotion.
Lauréat de l’International Blues Challenge et du prestigieux Albert King Guitar Award, il a multiplié les distinctions, les tournées internationales et les albums marquants. Son jeu, reconnaissable entre mille, mêle rugosité sudiste, élégance jazz manouche et feeling brut.
Basée à Chicago, Anne Harris est une artiste inclassable. Formée au violon classique, elle a très tôt choisi de s’affranchir des cadres pour explorer les territoires du folk, du rock, du country et des musiques roots.
Son parcours l’a menée sur les scènes du monde entier, notamment aux côtés d’Otis Taylor, dont l’approche hypnotique et minimaliste a profondément influencé sa manière de jouer. Chez elle, le violon n’est pas un simple instrument mélodique, c’est une voix, un souffle, une pulsation organique qui traverse les morceaux comme une énergie vivante.
Son charisme scénique, sa présence solaire et sa capacité à dialoguer avec n’importe quel musicien en font une partenaire idéale pour un projet aussi libre que celui de JP Soars.
Les deux artistes se croisent en 2019 sur le circuit des festivals, puis se retrouvent sur scène au Big Blues Bender de Las Vegas. L’alchimie est immédiate. Ce qui devait être une collaboration ponctuelle se transforme en un véritable duo artistique, nourri par une vision commune : faire de la musique un espace de liberté totale, où les influences se mêlent sans hiérarchie.
Enregistré en conditions quasi live dans un studio rural de l’Ohio, « Gypsy Blue Revue » capture l’essence brute du duo. Pas de click, pas de surproduction, pas de fioritures, juste des musiciens dans une pièce, qui jouent, respirent et vibrent ensemble. Cette approche donne à l’album une chaleur immédiate, une vérité sonore rare dans les productions actuelles.
L’album navigue entre blues roots, folk nomade, swing manouche, ballades sudistes et grooves caribéens. Chaque morceau semble ouvrir une nouvelle porte, sans jamais perdre le fil conducteur, la rencontre entre la guitare terrienne de Soars et le violon incandescent d’Harris.
Le blues narratif y occupe une place centrale, avec des titres inspirés d’histoires vécues, de rencontres marquantes ou de confidences glanées sur la route. Les influences gypsy apportent une élégance nerveuse, un parfum de liberté qui rappelle les grandes heures du jazz manouche. Les moments plus folk révèlent une sensibilité profonde, presque introspective.
Le duo est soutenu par la section rythmique fidèle de JP Soars, Chris Peet à la batterie et Cleveland Frederick à la basse, dont la cohésion renforce l’impression d’un groupe soudé, organique, en pleine possession de ses moyens.
Ce qui frappe le plus à l’écoute, c’est la manière dont les deux artistes se répondent. Le violon d’Anne Harris ne se contente pas d’orner les compositions, il les propulse, les bouscule, les illumine. La guitare de Soars, tantôt rugueuse, tantôt délicate, trouve en elle un partenaire idéal. Leur interaction crée un véritable théâtre sonore, où chaque morceau devient une scène vivante.
Un disque vibrant, généreux, lumineux, et une collaboration qui, espérons-le, ne fait que commencer.