Solar
(Buda Musique – 2026)
Durée 40’42 – 9 Titres
Né à Buenos Aires en 1959, Lalo Zanelli appartient à cette famille rare de musiciens capables de faire dialoguer les continents, les époques et les esthétiques sans jamais perdre leur voix intérieure. Pianiste, compositeur, arrangeur, chanteur parfois, il grandit dans l’effervescence rock de l’Argentine des années 70, guitare en main dès l’âge de treize ans. Très vite pourtant, d’autres horizons s’ouvrent, le piano, la composition, l’étude auprès de maîtres tels que Luis Maria Corallini, Rubens Vitale ou Nessy Mur, puis l’appel de l’Europe.
Arrivé à Paris en 1983, Zanelli plonge dans le jazz, redécouvre le tango depuis la capitale française, et se forme à l’École Normale de Musique où il décroche en 1985 un Premier Prix de composition de musique de film à l’unanimité. Cette double culture, la rigueur de l’écriture et la liberté de l’improvisation, deviendra sa signature.
Dans les années 90, il fonde Ombú, formation emblématique où se croisent tango, folklore argentin, jazz, rock et musiques du monde. Le groupe, qui réunit des musiciens comme Minino Garay, Line Kruse ou Juanjo Mosalini, s’impose rapidement comme un laboratoire sonore unique, salué par la presse spécialisée et les scènes européennes.
Parallèlement, Zanelli multiplie les collaborations, pianiste-arrangeur du Gotan Project pendant une décennie, compagnon de route de François Béranger, Daniel Melingo, Tryo, Mandy Lerouge ou encore Raul Paz. Compositeur pour le cinéma et le théâtre, il développe une écriture sensible, cinématographique, toujours en mouvement.
Après Ombú, Memoria colectiva et Inmigrantes, son parcours le mène aujourd’hui vers une nouvelle étape, La Orquesta Modulable La Buena Unión, un ensemble de musiciens fidèles et d’amis de longue date, réunis autour d’un projet profondément personnel, « Solar ».
Paru le 13 mars dernier chez Buda Musique, « Solar » est un album qui porte bien son nom. Zanelli l’a conçu comme un faisceau d’espoir, une lumière persistante dans un monde troublé. « Solar » comme l’espoir, la lumière qui revient toujours, confie-t-il volontiers quand il en parle. Et cette intention traverse chaque mesure.
Écrit sur quatre à cinq années, l’album se présente comme un ensemble de microcosmes, chacun reflétant une facette de son univers, les racines argentines, le rock de l’adolescence, le jazz parisien, les musiques folkloriques, les rythmes du monde, et cette science de l’arrangement héritée de la musique de film.
Pour donner vie à cette mosaïque, Zanelli s’entoure d’une équipe exceptionnelle, Magic Malik à la flûte, Minino Garay et Javier Estrella aux percussions, Didier Ithursarry à l’accordéon, Simon Drappier aux basses, Leandro Guffanti aux saxophones, Diego Lipy aux guitares, Noé Codjia à la trompette et Fabrizio Colombo au bandonéon. Une véritable constellation.
Dès le morceau-titre, le piano de Lalo Zanelli ouvre un espace clair, presque cinématographique, où les timbres se superposent avec une précision d’orfèvre. Les pièces suivantes naviguent entre énergie et introspection, « Waraqu » et « Gaucho Alambre » convoquent les paysages argentins, entre folklore revisité et pulsations urbaines, « Impasse de la Liberté » déploie une dramaturgie subtile, portée par l’accordéon et les souffles du saxophone, « Lágrimas Verdes » touche au cœur par sa mélancolie lumineuse … Quant à « Resistance Blues », le titre clôt l’album sur une note plus rugueuse, presque militante, où le jazz se mêle à une forme de blues contemporain.
Malgré la diversité des influences, tout semble respirer d’un même souffle. Zanelli orchestre ses musiciens comme un peintre joue avec la lumière, alternant ombres et éclats, densité et transparence. De son propre aveu, l’album est binaire, entre action et contemplation, entre rage et introspection. On ne saurait mieux résumer.
« Solar » n’est pas seulement un album, c’est aussi une synthèse vivante de quarante ans de musique, de voyages, de rencontres. On y entend Buenos Aires, Paris, les scènes du monde, les studios, les tournées, les collaborations multiples. On y entend surtout un artiste qui, loin de se répéter, continue de chercher, d’assembler, de transmettre.
Dans un paysage musical souvent compartimenté, Lalo Zanelli propose une œuvre ouverte, généreuse, profondément humaine. Un disque qui éclaire, qui apaise et surtout qui relie.