Road dog
(Rockinitis Records – 2026)
Durée 60’28 – 14 Titres
Mark Hummel est l’un de ces musiciens qui incarnent la route, la poussière et la sueur du blues. Né sur la côte Est mais élevé à Los Angeles, il découvre très jeune les maîtres du genre, Muddy Waters, Sonny Boy Williamson, Little Walter, avant de fréquenter le mythique Ash Grove sur Melrose Avenue, où il observe les légendes qu’il rejoindra plus tard sur scène. Harmoniciste virtuose, chanteur à la voix rocailleuse et conteur de la vie des musiciens de bar, Hummel a construit une carrière de plus de quarante ans, jalonnée de tournées incessantes et d’albums devenus références.
Son groupe, les Mark Hummel Allstars, réunit une constellation de talents comme Anson Funderburgh, guitariste texan au toucher soyeux et au swing contagieux, Junior Watson, architecte du son West Coast, au jeu aussi exubérant que précis, Bob Welsh, pianiste et claviériste au groove fluide, Wes Starr, batteur au shuffle implacable, et enfin Kedar Roy, contrebassiste et compagnon de route, entre autres, de Junior Watson. Ensemble, ils forment une machine à blues qui respire la complicité et la maîtrise.
Hummel, déjà honoré par un Blues Music Award et une nomination aux Grammy Awards pour « Remembering Little Walter », poursuit ici son exploration du blues traditionnel, entre Chicago, Texas et Californie. « Road Dog » est le fruit de cette vie de scène, de studio et de route, un carnet de voyage musical où chaque morceau raconte une étape, une rencontre, une émotion.
Sorti chez Rockinitis Records, « Road Dog » est un album dense, généreux, et profondément enraciné dans la tradition. En quatorze titres, Hummel et ses acolytes revisitent des classiques et livrent des compositions originales qui respirent la liberté du musicien itinérant.
Dès « Black Nights », reprise de Lowell Fulson, les dés sont jetés avec un blues élégant, porté par la guitare d’Anson Funderburgh et l’harmonica chromatique de Hummel. « Jugglin’ » évoque la vie de l’artiste multitâche, entre booking, route et scène dans un autoportrait lucide et tendre. « Real Good Woman » et « I Got To Find My Baby » plongent dans le Chicago des années 50, avec un son vintage magnifiquement capté par Kid Andersen aux Greaseland Studios.
Le morceau-titre, « Road Dog », est le morceau central du disque, un shuffle irrésistible, où les guitares de Funderburgh et Watson se répondent comme deux vieux amis sur la route. On y sent la poussière des motels, les kilomètres avalés, la fraternité des musiciens.
Plus loin, « Rockin’ Blues » et « Say You Will » révèlent le côté plus jazzy et introspectif de Hummel, tandis que « Gypsy In My Soul » et « Gadjo’s Swing » ouvrent la porte à des influences manouches et swing, preuve que le blues n’a jamais cessé de voyager.
L’ensemble est cohérent, vibrant, et d’une authenticité rare. Pas de surproduction, pas d’effets inutiles, juste des musiciens qui jouent avec le cœur. « Road Dog » est un hommage à la route, à la camaraderie, et à la persévérance. C’est le blues dans sa forme la plus pure, celle d’un homme qui continue à souffler dans son harmonica comme on respire, parce que c’est vital.
Avec « Road Dog », Mark Hummel signe un disque à la fois classique et vivant, où chaque note témoigne d’une vie passée sur scène et sur le bitume. Les Allstars ne sont pas un supergroupe de circonstance, mais une famille musicale soudée par des décennies de partage. Un album à écouter fort, sur la route, ou les yeux fermés, pour sentir le vent du blues passer.