We gotta live in this world

(Autoproduction – 2026)  

Durée 38’14 – 12 Titres 

https://www.matthieubore.com

Il y a chez Matthieu Boré une manière singulière d’habiter la musique, un mélange d’élégance, de curiosité et de fidélité à une histoire familiale qui l’a placé très tôt sur les rails du piano puisque, suivant les pas de sa grand-mère professeure de piano et de son aïeul, le compositeur Théodore Lack, il commence à pratiquer l’instrument à l’âge de sept ans.

Matthieu Boré n’a jamais choisi la facilité des trajectoires linéaires. Ses débuts se font dans le rock avec Mister Puntila et Shortking, avant un virage trip-hop dans les années 1990 avec Arsenal. Puis, à l’aube des années 2000, il bifurque vers les clubs jazz parisiens, Bilboquet, Caveau de la Huchette, où il forge un style à la fois respectueux des standards et résolument personnel. Il se trace dès lors une route originale en France et à l’international.

Ses premiers albums revisitent les fifties américaines, de Fats Domino au doo-wop, avant que « Sometimes On My Own » en 2007 et « Naked Songs » en 2015 ne dévoilent une facette plus intime. Le public le suit de Marciac à Montréal, du New Morning à l’Olympia. Avec « Roots » en 2012, il plonge dans le funk néo-orléanais, puis signe deux œuvres plus personnelles, Gumbo Kings en 2019, inspiré par Professor Longhair et Allen Toussaint, et « Till The Morning Light » en 2022, aux accents jamaïcains et soul.

Cette diversité n’est pas une dispersion, c’est une quête. Une manière de dire que la musique est un territoire vivant, traversé de dialogues, de transmissions, de libertés.

Avec « We Gotta Live In This World », Matthieu Boré franchit une nouvelle étape. L’album, né d’un désir initial de capturer l’énergie fiévreuse de son groupe sur scène, s’est transformé en quelque chose de plus intime, de plus profond. Il le dit lui-même, une porte s’est ouverte, plus intime. Et cette porte donne sur un monde où les chansons deviennent des portraits, des confidences, des mains tendues.

Les textes écrits avec Marty Vickers suivent une ligne claire. On y croise des vies cabossées, des amours contrariées, des galères, mais aussi des liens possibles. Le titre de l’album n’est pas une posture, c’est une évidence. Une manière de dire que vivre ensemble, malgré tout, est un acte de résistance.

Autour de l’artiste, on retrouve Mathias Luszpinski aux saxophones, Antoine Pozzo di Borgo aux guitares et cuivres, Vincent Talpaert à la contrebasse et Gaël Pétetin à la batterie, aux percussions et au vibraphone. Une équipe qui sait faire circuler le swing, le rhythm’n’blues, les couleurs jazz et gospel sans jamais tomber dans la citation figée.  

Une véritable liberté de dialogue entre les musiques irrigue les douze titres de l’album.  « When Will We Be Free? » ouvre le bal avec une urgence douce-amère, « You Reap What You Sow » groove avec une évidence presque naturelle, « Please Come Back Home » dévoile une sensibilité à fleur de peau, « The Flame For You Burns On », enrichi par la voix d’Elen Biarth, brûle d’une intensité lumineuse, et bien sûr, le morceau-titre, « We Gotta Live In This World », se veut court, direct, essentiel, comme un mantra.

Cet album, nourri de dialogues entre les genres, entre les musiciens, entre les vies, devient un compagnon. Une respiration. Une manière de dire que dans ce monde, malgré ses secousses, il reste des voix pour chanter, des mains pour jouer, des histoires pour nous rassembler.

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