The blues chooses you
(MoMojo Records – 2026)
Durée 56’51 – 12 Titres
Dans l’univers du blues contemporain américain, certains artistes semblent avoir suivi une trajectoire toute tracée vers cette musique. D’autres y arrivent presque malgré eux, guidés par une force invisible qui finit par s’imposer comme une évidence. C’est précisément le cas de Max Hightower, chanteur, harmoniciste, guitariste et multi-instrumentiste dont le parcours témoigne d’une immersion progressive dans une tradition qu’il a su s’approprier avec personnalité et conviction. Salué pour sa maîtrise de plusieurs instruments et pour une voix rugueuse et expressive qui évoque autant les grandes figures du blues électrique que certaines sensibilités du Southern rock et de la soul, l’artiste s’est forgé une réputation solide sur les scènes américaines grâce à une approche sincère, enracinée et profondément vivante de cette musique.
Avec The Blues Chooses You, publié chez MoMojo Records, Max Hightower confirme l’étendue de son talent en proposant une œuvre qui puise dans plusieurs traditions du blues tout en refusant les frontières stylistiques trop rigides. Entouré notamment du guitariste chicagoan Joe Moss, il construit un album où les influences de la Nouvelle-Orléans, la chaleur de la soul sudiste et l’intensité du blues urbain se rencontrent dans un même élan créatif.
L’une des grandes forces du disque réside dans son mode d’enregistrement. Réalisé dans des conditions volontairement dépouillées, autour d’un groupe jouant ensemble dans une même pièce et capté sur bande analogique, l’album conserve toutes les aspérités qui font le charme des grandes productions d’autrefois. Cette recherche d’authenticité se traduit par une dynamique exceptionnelle, un sentiment d’urgence permanente et une interaction entre les musiciens que les technologies modernes peinent souvent à reproduire. Le résultat possède cette chaleur organique qui donne l’impression d’assister à une véritable performance live plutôt qu’à une succession de prises méticuleusement assemblées.
Dès « Dedicated Fool », le ton est donné. Le groove est dense, la section rythmique respire naturellement et l’harmonica imprime immédiatement sa marque. « Train Smoke » poursuit sur cette lancée avec une énergie qui évoque les grands espaces américains et les éternelles images de locomotives traversant les paysages du Sud. Le tittle track, « The Blues Chooses You », apparaît comme le cœur philosophique du projet, résumant à lui seul cette idée que le blues n’est pas seulement un choix artistique mais parfois une destinée qui s’impose à ceux qui sont prêts à l’accueillir.
Tout au long de l’album, Max Hightower alterne subtilement les ambiances. La décontraction presque funky de « Relationship Man » répond à la profondeur plus introspective de « I Don’t Know », tandis que « Things I Used To Do » rappelle avec élégance combien le musicien reste attaché aux racines du genre. Dans la seconde moitié de l’œuvre, « Do What You’re Going To Do » et « The Hardest Thing » illustrent sa capacité à conjuguer émotion et efficacité mélodique, alors que « Stone Cool » et « Moonshine & Magnolias » renforcent encore cette coloration sudiste particulièrement séduisante. Quant à « Sherlock Holmes », il apporte une touche de fantaisie bienvenue avant qu’une version étendue du titre phare ne vienne refermer l’ensemble avec cohérence.
Ce qui impressionne le plus ici n’est pas seulement la qualité de l’écriture ou l’excellence de l’interprétation. C’est surtout la sensation de spontanéité qui traverse chacune des douze pistes. Rien ne semble artificiel, rien ne paraît forcé. Chaque note donne l’impression d’avoir été jouée pour de bonnes raisons, avec un groupe soudé autour d’une même vision musicale. Les amateurs de blues rugueux, de soul authentique et de grooves profondément enracinés dans la tradition américaine trouveront dans « The Blues Chooses You » un disque particulièrement attachant, capable de réconcilier respect des anciens et expression contemporaine.
A une époque où la perfection technique tend parfois à uniformiser les productions, Max Hightower fait le pari inverse en privilégiant l’humain, l’imprévu et le ressenti. Un pari pleinement réussi qui donne naissance à un album vibrant, chaleureux et intensément vivant, sans doute l’une des réalisations les plus authentiques de cette fin d’année pour les amateurs de blues moderne.