Chicago blues

(Delmark Records – 2026)  

Durée 44’25 – 8 Titres 

https://www.mikewheelerband.com

Mike Wheeler est l’un de ces musiciens dont la trajectoire raconte autant l’histoire d’une ville que celle d’un homme. Né à Chicago le 30 juin 1961, il grandit dans un foyer où sa mère fait tourner Muddy Waters, B.B. King, du R&B et de la soul. Cette éducation sonore devient son socle. Quand il monte pour la première fois sur scène en 1984 aux côtés de Lovie Lee, pianiste de Muddy Waters, il ne le sait pas encore, mais il vient d’entrer dans la grande famille du Chicago blues.

Durant plus de trente ans, Wheeler sillonne les clubs, les scènes, les tournées internationales. Il joue avec Koko Taylor, Buddy Guy, Shemekia Copeland, Jimmy Johnson, Son Seals, Willie Kent… une liste qui ressemble à un panthéon. Il enregistre avec Cadillac Dave, Sam Cockrell, Big James & The Chicago Playboys, Peaches Staten, et devient un pilier des clubs mythiques, Kingston Mines, Buddy Guy’s Legends, Blue Chicago. En 2014, il est intronisé au Chicago Blues Hall of Fame comme Master Blues Artist, une reconnaissance qui consacre son rôle de passeur, de styliste, de gardien du feu.

Son groupe, le Mike Wheeler Band, formé en 2001, est un bloc soudé avec Larry Williams, bassiste flamboyant et ami d’enfance, Cleo Cole, batteur au groove chirurgical et Brian James, claviériste élégant et architecte harmonique. Ensemble, ils façonnent un son où le blues se nourrit de funk, de jazz, de soul, et d’une énergie urbaine typiquement chicagoane. Wheeler possède cette capacité rare de raconter des histoires, faire vibrer une salle, et glisser d’un genre à l’autre avec une aisance déconcertante. 

Avec « Chicago Blues », Delmark propose bien plus qu’une compilation, c’est une véritable photographie de l’art de Mike Wheeler, un concentré de ce qui fait de lui l’un des musiciens les plus essentiels de la scène actuelle. Le disque rassemble des titres issus de « Self Made Man » (2012), « Turn Up! » (2016), et un single live de 2024 enregistré à Evanston Space. Une manière de revisiter une décennie de création, de groove et de maîtrise.

Dès « Turn Up! », Wheeler impose son territoire avec un shuffle musclé, une guitare qui claque et un chant qui pulse. Le morceau est une invitation à entrer dans son univers, celui d’un Chicago contemporain, vibrant, où le blues n’est pas un musée mais une force en mouvement. 

« Here I Am » et « Chicago Blues », extraits de « Self Made Man », montrent son sens de la narration, son goût pour les grooves mid-tempo qui respirent la ville. Omar Coleman apporte une touche d’harmonica sur « Chicago Blues », donnant au morceau une couleur plus traditionnelle, presque cinématographique.

Wheeler joue avec une fluidité remarquable, un phrasé souple, une attaque précise, un ton chaud et expressif, un style qui fait qu’on le compare souvent à Carl Weathersby, Jimmy Johnson ou Eddie Hazel, des références qui caractérisent bien son mélange de finesse et de feu. 

Dans « Brand New Cadillac » ou « A Blind Man Can See », sa guitare devient un personnage à part entière, elle répond, commente, provoque, soutient. Le blues est là, mais toujours traversé de funk, de jazz, de modernité.

Le disque se dirige vers son terme avec « Serves Me Right To Suffer », capté en public avec Dave Specter et Roosevelt Purifoy. Le morceau est un hommage à Jimmy Johnson, et Wheeler y déploie une intensité rare. On y entend le Chicago blues dans ce qu’il a de plus brut, un chant habité, une guitare tendue, un groupe qui respire ensemble. C’est un moment de vérité, un rappel que Wheeler est avant tout un musicien de scène, un conteur qui s’épanouit dans l’instant.

« Chicago Blues » n’est pas un simple best-of, C’est un portrait cohérent où l’on retrouve l’énergie électrique de « Turn Up! », la profondeur narrative de « Self Made Man » et la puissance émotionnelle du live de 2024. Le tout porté par un groupe exemplaire avec Larry Williams au groove massif, Cleo Cole au drive impeccable, Brian James et Roosevelt Purifoy aux claviers, Kenny Anderson et Hank Ford aux cuivres, Omar Coleman à l’harmonica.

Un album qui confirme que Mike Wheeler n’est pas seulement un représentant du Chicago blues mais qu’il en est également l’un des visages contemporains les plus lumineux.

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