A night in New Orleans
(MoMojo Records – 2026)
Durée 49’38 – 18 Titres
Mitch Woods fait partie de ces artistes qui traversent les décennies comme des funambules, avec une élégance naturelle et une énergie qui ne faiblit jamais. Pianiste, chanteur, entertainer dans l’âme, il a bâti sa carrière sur une passion viscérale pour le boogie‑woogie, le jump blues et les racines du rock’n’roll. Né à Brooklyn, nourri aux disques de Louis Jordan, Amos Milburn ou Professor Longhair, il a très tôt compris que ce langage musical serait le sien, un mélange de swing, de sourire, de sueur et de fête.
Installé en Californie, il fonde les Rocket 88s, groupe avec lequel il sillonne les Etats-Unis et l’Europe, imposant son style, un piano qui claque, une voix chaleureuse, un humour permanent, et cette capacité rare à transformer n’importe quelle salle en dancefloor. Woods n’est pas seulement un musicien, il est un passeur, un conteur, un gardien de la mémoire des pionniers du rhythm’n’blues. Et parmi toutes les villes qui ont marqué son parcours, New Orleans occupe une place à part. Il y a trouvé une famille musicale, une atmosphère, une façon de vivre la musique qui correspond parfaitement à son ADN.
C’est là, dans la chaleur de Crescent City, qu’a été capté son nouvel album « A Night In New Orleans », enregistré live à Snug Harbor en avril dernier, un club mythique de Frenchmen Street où les amateurs de groove se pressent chaque soir pour célébrer l’âme de la ville.
Ce disque est un cadeau. Un instantané. Une immersion. Mitch Woods y apparaît seul, sans filet, un piano, une voix, un public. Rien d’autre. Et c’est précisément ce dépouillement qui donne à l’album sa force. Woods rappelle lui-même dans le livret que cet album n’est pas un enregistrement studio produit, c’est le récit brut d’une soirée en ville. Tout est dit !
La soirée commence avec l’énergie brute de « Rock That Boogie », avant de glisser vers une succession de classiques revisités avec respect mais sans rigidité, « Choo Choo Ch’Boogie », « Blue Monday », « Jambalaya », « Rocket 88 », « Nasty Boogie », « Rockin’ Pneumonia And The Boogie Woogie Flu », « Shake, Rattle & Roll »… Woods connaît cette matière par cœur, et il la sculpte avec une aisance déconcertante. Son jeu de piano est un moteur, main gauche locomotive, main droite virevoltante, accents percussifs, swing naturel. Sa voix, elle, raconte, sourit, interpelle, cajole.
Les titres originaux ne sont pas en reste avec « Mojo Mambo », « Amber Lee », « Cryin’ For My Baby », « Broke »… autant de compositions qui montrent que Woods n’est pas seulement un héritier, mais aussi un créateur. Ses intros parlées, ses anecdotes, ses toasts improvisés ajoutent une dimension intime, presque familiale. On a l’impression d’être dans la salle, à quelques mètres du piano, un verre à la main, dans cette ambiance moite et joyeuse propre à New Orleans.
L’enregistrement, volontairement brut, laisse respirer la salle. On entend les réactions, les respirations, les micro‑imperfections qui font la beauté du live. Rien n’est lissé, rien n’est maquillé. C’est un disque vivant, humain, chaleureux, qui capture l’essence même de Mitch Woods, un musicien qui joue pour les gens, avec les gens, et qui transforme chaque concert en fête.
« A Night In New Orleans » est plus qu’un album, c’est une soirée entière, une virée sur Frenchmen Street, un hommage à la ville qui a tant donné à Mitch Woods et à la musique américaine. Un disque à écouter fort, à savourer, à partager. Un disque qui rappelle que le boogie‑woogie n’est pas un style figé, mais une célébration permanente.
Pour les amateurs de blues, de roots, de piano qui claque et de soirées qui dégénèrent en danse, c’est un incontournable. Mitch Woods prouve une fois de plus qu’il est l’un des derniers grands ambassadeurs de cette tradition, et qu’il sait mieux que personne comment faire vibrer un public.