Songs of a sad and beautiful world
(Slowfest Sounds – Believe – 2025)
Durée 30’39 – 9 Titres
Moïra Conrath fait partie de cette catégorie d’artistes qui traversent les genres comme on traverse les frontières, avec curiosité, élégance et une capacité rare à absorber les couleurs du monde. Chanteuse, compositrice et musicienne franco-irlandaise, elle a bâti un parcours singulier, riche, et profondément incarné, où la voix devient un territoire à part entière. Formée au prestigieux Berklee College of Music de Boston entre 1996 et 1997, elle y façonne ses premières compositions, inspirée par les figures majeures du jazz qui hantent encore les murs de l’école, Keith Jarrett, Quincy Jones ou encore Diana Krall.
De retour en France, elle multiplie les expériences, choriste en studio, voix pour le cinéma, pour la publicité, et collaboratrice recherchée par de nombreux artistes issus de labels majeurs. Cette polyvalence, loin de la disperser, affine son identité. Elle devient une artiste capable de naviguer du jazz à la pop, du gospel à l’electro-rock, sans jamais perdre son fil intérieur. En parallèle, Moïra explore la scène parisienne en trio ou en quartet, puis sort en 2001 son premier album, « Insomnie », salué pour ses teintes jazz et africaines.
Elle s’illustre ensuite dans des projets variés, toujours guidée par une même exigence, raconter des histoires vraies, vibrantes, humaines. Sa voix, souple, chaleureuse, légèrement voilée, devient sa signature, un instrument qui porte autant la douceur que la force.
Avec « Songs Of A Sad And Beautiful World », Moira Conrath signe un deuxième album profondément ancré dans le mouvement, le voyage, l’ailleurs. Un disque né sur la route, littéralement, avec huit pays traversés en van, des Balkans à la Grèce, jusqu’à la Sicile, et huit chansons écrites au fil du chemin, comme autant de cartes postales sonores envoyées depuis un monde en perpétuelle transformation.
On est rapidement épaté par la dimension immersive du projet. Moïra Conrath n’a pas seulement écrit en voyage, elle a également capturé des sons in situ, bruits de ports, souffles de vent, voix lointaines, fragments de vie saisis sur le vif, qui se glissent en fond sonore et donnent à l’album une texture documentaire. On n’écoute pas seulement des chansons, on traverse des paysages.
Musicalement, l’album reste fidèle à l’ADN de l’artiste, une folk lumineuse, délicate, traversée de nuances pop et d’élans introspectifs, mais il s’enrichit ici d’une dimension nomade, presque cinématographique. Les arrangements, subtils et organiques, laissent respirer la voix, qui se pose comme un fil conducteur entre les lieux, les émotions et les rencontres. Chaque morceau semble être une halte, un village perché, une route poussiéreuse, un rivage grec au crépuscule, une place sicilienne bruissante de vie. Pourtant, l’ensemble reste d’une grande cohérence.
Moira tisse un récit où la beauté et la tristesse cohabitent, où l’on apprend à regarder le monde avec douceur malgré ses failles. Le titre de l’album n’est pas une posture, c’est une philosophie. Ce deuxième opus révèle une artiste arrivée à un moment de maturité rare. Elle ose la fragilité, assume la contemplation, et transforme le voyage en matière poétique.
« Songs Of A Sad And Beautiful World » est un disque qui apaise autant qu’il questionne, un compagnon de route pour celles et ceux qui cherchent encore à comprendre comment tenir debout dans un monde qui vacille. Un album à écouter comme on feuillette un carnet de voyage, lentement, avec attention, en laissant les images se former d’elles-mêmes …