NOTODDEN BLUES FESTIVAL 2026 – (NORVEGE)

NOTODDEN BLUES FESTIVAL
NOTODDEN (NORVEGE)
Du 30 juillet au 2 aout 2026

https://bluesfest.no/en

Notodden, petite ville ouvrière posée entre les collines du Telemark et les eaux sombres du Heddalsvatnet, vit chaque été une métamorphose rare, elle devient la capitale européenne du blues. Depuis 1988, le Notodden Blues Festival a grandi comme poussent les légendes, lentement, solidement, avec une fidélité farouche à la musique et à ceux qui la portent. Ici, les anciennes usines Hydro servent de décor, les rues se remplissent de guitares, de familles, de vieux routiers du blues et de gamins qui découvrent leurs premiers riffs. C’est un festival qui a vu passer les géants, qui a formé des générations de musiciens, et qui a su garder cette chaleur humaine que tant d’événements ont perdue en route. Notodden n’est pas seulement un rendez‑vous, c’est un pèlerinage pour tout amateur de blues qui se respecte.

Au fil des années, le festival est devenu un véritable carrefour international, un lieu où les scènes se répondent, où les ateliers transmettent, où les nuits s’étirent jusqu’à ce que le soleil norvégien décide enfin de se coucher. C’est aussi un symbole, celui d’une ville qui a fait du blues son identité, son moteur culturel, son drapeau. Venir à Notodden, c’est retrouver une famille, une histoire, une manière de vivre la musique sans artifices. Et cette année, nous y sommes, prêts à raconter, à célébrer, à partager ce que cette ville et ce festival ont construit, avec passion, avec constance, avec cette énergie brute qui fait que le blues, ici, ne meurt jamais.

Jeudi 30 juillet :

En début d’après‑midi, juste après notre arrivée en ville, nous faisons un crochet par Bok & Blueshuset pour saluer le staff du festival et récupérer nos passes, dans cette effervescence douce où les bénévoles s’affairent, les musiciens circulent, et où l’on sent déjà la ville se mettre en tension. Un étage en dessous se trouve le Juke Joint Studio, où les élèves les plus expérimentés de la Little Stevens Blues School sont en train d’enregistrer les solos de leur morceau. La porte s’entrouvre, des bribes de chorus s’échappent, on est en atmosphère de création pure. Puis nous remontons tranquillement vers l’hôtel, en attendant l’ouverture officielle du festival, tandis que sur la scène Bluestorget, Lady J And Her Bada Bing Bang feat. Tommy Larsen jouent devant une assistance déjà bien conséquente, chauffant l’air et les esprits avant la grande déferlante des concerts du soir.

La première soirée du festival installe immédiatement l’ambiance, la ville bruisse déjà, les ruelles se remplissent, le Bellmann et le Hovigs Hangar deviennent des points de gravité où tout converge. La cérémonie d’ouverture bat son plein avec différents artistes venus se produire pour un unique morceau. Entre les discours des officiels et les remises d’Awards, on reconnait forcément Rita Engedalen et Adama Janlo, artistes norvégiennes respectivement victorieuses de l’European Blues Challenge en 2012 à Berlin et en 2026 à Katowice, mais aussi Rick Estrin & The Nightcats venus nous proposer un avant-goût de ce qui nous attend durant le festival.   

19 heures. Le Bellmann est plein à craquer pour ce rendez‑vous devenu rituel, le concert des jeunes de la Little Stevens Blues School, ces apprentis musiciens qui ont passé de début de la semaine à travailler avec des mentors, à répéter, à se dépasser. Dès les premières notes, on sent la fierté, la nervosité, mais surtout l’envie farouche de jouer. Le set s’ouvre sur un standard revisité avec une élégance inattendue. La section rythmique, déjà sûre de ses appuis, installe un tapis solide où chaque nuance compte. Les guitaristes, eux, ne cherchent pas la démonstration, ils sculptent le morceau, se répondent, s’écoutent, glissant ici un voicing plus moderne, là une petite torsion harmonique qui change tout. Les chanteurs et chanteuses apportent une fraîcheur assumée, jouant sur les dynamiques, osant des phrasés plus libres, parfois presque jazzés. On sent qu’ils ont travaillé ensemble, ça respire, ça laisse de l’espace, ça se construit comme un vrai collectif.

Ce qui frappe, c’est la réinvention. Chaque standard devient un terrain de jeu avec un break déplacé, un groove légèrement modifié, une intro repensée. Rien n’est figé. Les solos sont courts mais ciselés, les transitions impeccables, et le public savoure cette façon de dépoussiérer le répertoire sans jamais le trahir. Invité à rejoindre un band, l’harmonica de Branko, porté par l’énergie du groupe, proposera des chorus d’une finesse remarquable. Pas de surjeu, pas de clin d’œil appuyé, juste une ligne claire, mature, qui retombe parfaitement sur la grille. Le Bellmann explose en applaudissements. Ce concert n’est pas une simple succession de reprises, c’est une réinterprétation vivante, inventive, respectueuse et audacieuse. La preuve que ces musiciens ont déjà compris l’essentiel, le blues n’est pas un musée, c’est une matière à façonner, à revisiter, à transmettre.

A 20h30, changement d’atmosphère, les Blue Benders arrivent sans frime, mais avec cette assurance tranquille des groupes qui savent exactement ce qu’ils vont faire de la salle. Leur réputation n’est plus à faire, un blues ample, sculpté avec précision, porté par une guitare slide qui apporte une couleur swampy immédiatement reconnaissable. Le Bellmann, déjà bien chauffé par les jeunes de la Blues School, se resserre encore un peu plus autour de la scène. Le premier morceau des Suédois est un shuffle large, posé comme une rampe de lancement. La section rythmique déroule un groove rond, presque moelleux, tandis que la slide trace un long glissando qui fait tourner les têtes. On sent tout de suite leur marque, un son ample, une dynamique maîtrisée, une façon de laisser respirer les notes sans jamais perdre l’intensité.

Le deuxième titre accélère le tempo avec un boogie nerveux, sec, percussif. Le chanteur entre avec une voix claire, expressive, qui porte loin sans écraser le reste. Les solos montent en intensité comme une vague, jamais démonstratifs, toujours au service du morceau. C’est là que les Blue Benders montrent leur vraie force, la tension. Ils savent jouer avec les ruptures, les silences, les montées. Un break soudain, un regard entre les musiciens, et tout repart dans une explosion parfaitement contrôlée. Moment suspendu, un mid‑tempo swamp blues, hypnotique. La slide devient un personnage à part entière, gémissant, grondant, répondant à la voix comme dans une conversation nocturne. Le public se balance, captivé, comme pris dans un courant lent mais irrésistible.

Et le final se fait avec un morceau plus rock, un titre qui fait taper du pied tout le monde. Le Bellmann devient une petite chaudière, compacte, vibrante. Les Blue Benders quittent la scène sans un mot de trop, mais avec cette satisfaction tranquille de ceux qui savent qu’ils ont tout donné. On comprend facilement pourquoi ils avaient obtenu le premier accessit lors de l’European Blues Challenge à Braga en 2024

22h00. Le Hovigs Hangar est plein, vibrant, électrique. Quand Kenny Wayne Shepherd entre en scène, c’est une décharge immédiate. Il n’a pas besoin d’introduction, sa guitare parle avant lui. Le Kenny Wayne Shepherd Band est une machine parfaitement réglée. La batterie frappe large, la basse ancre tout le set dans un groove profond, le clavier ajoute ces nappes Hammond qui donnent du relief, et Noah Hunt, voix chaude et rocailleuse, porte les chansons avec une assurance tranquille. Shepherd, lui, avance comme un fauve, gestes précis, vibrato tendu, riffs qui claquent comme des coups de fouet. Dès les premières minutes, le Hangar est pris. Le son est énorme, mais jamais brouillon. On sent une équipe qui joue ensemble depuis longtemps, qui sait exactement comment construire une montée en tension.

Le concert s’ouvre sur un blues‑rock nerveux, mid‑tempo, parfait pour planter le décor. Shepherd attaque un riff tranchant, le groupe se cale derrière lui, Noah Hunt entre avec une voix pleine, solide. Premier solo, court, incisif, déjà une démonstration de ce vibrato qui fait sa réputation. Le public est accroché. Le deuxième morceau part plus vite, plus rock, avec des breaks puissants. Shepherd se déplace, joue avec le public, multiplie les attaques de médiator, les descentes de manche fulgurantes. Le groupe déroule, implacable. On sent la salle se densifier, les corps se rapprocher, les regards se fixer sur la scène. Et puis au milieu du set arrive le morceau signature, celui où Shepherd laisse vraiment parler son instrument. Une intro lente, presque méditative, puis une montée progressive vers un solo long, ample, construit comme une histoire. Il joue avec les dynamiques, passe du murmure à l’explosion, fait hurler les cordes, puis retombe dans un groove profond. C’est le moment où le Hangar cesse de bouger. On regarde. On écoute. On absorbe. Après cette claque instrumentale, le groupe revient à un titre plus chanté, plus soul. Noah Hunt prend toute sa place, le clavier s’ouvre, la section rythmique respire. Shepherd reste en retrait, soutient, ponctue, laisse la musique se poser avant la dernière ligne droite.

Le dernier morceau est un déluge, tempo rapide, riffs massifs, solo final qui part en vrille contrôlée, avec cette façon qu’a Shepherd de jouer sur le fil, de pousser le son jusqu’à la limite sans jamais la franchir. Le groupe termine ensemble, net, précis. La salle explose. Shepherd salue, sobre, presque timide, comme si tout ce qu’il avait à dire venait d’être dit par sa guitare. Un concert de Kenny Wayne Shepherd, c’est une démonstration de puissance, de maîtrise, et de respect absolu pour le blues électrique. Pas de fioritures, pas de faux-semblants, juste un groupe au sommet de son art, un guitariste habité, et un public qui ressort secoué, rincé, heureux.

La journée a été longue et nous regagnons notre hôtel en faisant abstraction, à regret, de quelques pointures comme Mike Zito et Albert Castiglia qui se succèderont au Bellmann pendant deux heures à partir de minuit … L’heure est venue de recharger les batteries en prévision d’un vendredi qui s’annonce à la fois dense et intense !

A suivre …

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