Most of the time
(Dirtshack Records – 2026)
Durée 77’50 – 15 Titres
https://www.peterparcekband.com
Né à Middletown, Connecticut, Peter Parcek appartient à cette caste rare de musiciens qui ont traversé l’histoire du blues des deux côtés de l’Atlantique avant d’en devenir l’un des artisans les plus singuliers. Guitariste, chanteur, songwriter, il forge depuis les années 1960 un langage personnel qu’il baptise soul guitar, une fusion habitée de blues, rock, folk, country et gypsy‑jazz, portée par une sensibilité à fleur de peau et une science du phrasé héritée des maîtres.
Son parcours débute à Londres, en pleine explosion du British Blues Boom. Parcek y fréquente les clubs, observe de près Eric Clapton, Jeff Beck ou Peter Green, et joue l’harmonica sur la scène du Marquee Club. Rapatrié aux États‑Unis faute de permis de travail, il se plonge dans les concerts de Skip James, Muddy Waters, Albert King, Jimi Hendrix, B.B. King ou Buddy Guy. Ce dernier lui glissera plus tard un compliment devenu légendaire, « You’re as bad as Eric Clapton. And I know Eric Clapton ».
Installé à Boston, Parcek perfectionne son jeu jusqu’à dix heures par jour, rejoint Nine Below Zero, puis devient le guitariste et directeur musical de Pinetop Perkins dans les années 1990. A partir de 2000, il publie une série d’albums salués pour leur originalité, « Evolution », « The Mathematics Of Love », nommé aux Blues Music Awards, « Everybody Wants To Go to Heaven » ou « Mississippi Suitcase ».
Annoncé pour la mi-août 2026, « Most Of The Time » marque un tournant dans la discographie de Peter Parcek. C’est un disque ample, profond, où l’artiste condense tout ce qui fait sa singularité, virtuosité sans ostentation, sens du récit, respect absolu de la tradition et audace contemporaine.
Pour la première fois, Parcek intègre une section de cuivres sur plusieurs titres et convoque une brochette d’invités prestigieux comme Duke Robillard, Luther Dickinson, Mickey Raphael, Kevin Barry, Danielle Miraglia, Tom West… Un all‑star band qui ne dilue jamais son identité, mais qui amplifie son souffle.
L’album, composé de treize titres plus deux bonus, navigue entre compositions originales et relectures habitées de Bob Dylan avec « Most Of The Time », de Bill Withers avec « Grandma’s Hands », de Mose Allison avec « I Don’t Worry ’Bout A Thing », de John Hiatt avec « Mississippi Phone Booth » ou d’Elmore James avec « Stranger Blues ». Parcek y explore les secousses de l’existence, la maladie, la perte, la résilience, avec une intensité qui ne verse jamais dans le pathos.
On soulignera quelques moments clés comme « Twistified », avec un groove hypnotique, une guitare rugissante, et un clin d’œil à Roosevelt “Booba” Barnes. Parcek y dialogue avec Duke Robillard dans une joute électrique jubilatoire. « How Many Times », est un morceau aux rythmiques mouvantes, traversé d’un beat d’inspiration ouest‑africaine, où l’amour aveugle devient matière sonore. Avec « Most Of The Time », Parcek transforme la mélancolie dylanienne en incantation blues, suspendue, presque spectrale. « Grandma’s Hands » est une reprise d’une douceur poignante, où la guitare semble murmurer autant que la voix. Et enfin « 61 Highway », un hommage à Fred McDowell, brut, terrien, traversé d’un slide qui sent la poussière et la route.
Ce qui interpelle dans « Most Of The Time », c’est la manière dont Parcek honore ses mentors tout en refusant de figer le blues dans une carte postale. Le disque est à la fois ancien et moderne et témoigne d’un artiste qui, après avoir traversé les épreuves, joue chaque note comme si elle devait compter, et elle compte.
Cet effort n’est pas seulement un retour discographique après plusieurs années, c’est une déclaration d’amour au blues, à ses fantômes, à ses chemins de traverse. Parcek y signe un album‑sommet, un disque de maturité qui pourrait bien devenir une référence pour les amateurs de blues contemporain, de guitare expressive et de récits musicaux profondément humains.