Love, peace & chicken grease
(Southland Records – Frank Roszak Promotions – 2026)
Durée 37’36 – 10 Titres
https://pontchartrainshakers.com
Nés au cœur de la Louisiane en 2018, les Pontchartrain Shakers se sont imposés en quelques années comme l’un des groupes les plus attachants et authentiques de la scène blues du sud. Leur force ne tient pas seulement à leur énergie scénique, vibrante, généreuse et profondément enracinée, mais aussi à leur manière de faire vivre un héritage musical transmis de génération en génération.
Au centre du projet, on retrouve deux figures dont les racines plongent profondément dans la terre fertile du sud-est louisianais, Amedee Frederick, cinquième génération d’une lignée musicale emblématique, et Jojo Wright, guitariste et producteur passionné. Ensemble, ils ont façonné un son qui mêle compositions originales, classiques du blues revisités et influences multiples puisées dans le vaste paysage musical louisianais, un peu de swamp, une touche de soul, des éclats de funk, et ce parfum inimitable de New Orleans qui flotte dans l’air comme une évidence.
Le groupe, complété par Red DeVecca à la basse et Earl Smith Jr. à la batterie, s’est rapidement fait un nom dans la région. Leur premier album éponyme, paru en avril 2024, avait déjà posé les bases d’une musique chaleureuse, communautaire, jouée avec le cœur autant qu’avec les doigts. Leur réputation s’est construite sur scène, là où leur complicité et leur sens du partage prennent toute leur ampleur.
C’est dans cet esprit que s’inscrit leur nouvel album, « Love, Peace & Chicken Grease », enregistré presque comme on reçoit la famille à la maison, tous ensemble dans une même pièce, en une seule session principale, à dix minutes de chez eux, au Rabadash Studios de Mandeville. Une manière de faire qui n’a rien d’anecdotique et qui irrigue chaque morceau d’une spontanéité rare, d’une chaleur humaine palpable.
Dès l’ouverture avec « Sunshine », le ton est donné. Deux générations Frederick se répondent au micro, et l’on sent immédiatement que la musique est ici affaire de transmission autant que de plaisir. Le morceau respire la simplicité heureuse d’un moment partagé, comme si l’on assistait à une répétition ouverte où chacun apporte sa lumière. « Don’t Ask Me How I’m Doing » poursuit dans cette veine intimiste, avec un groove posé, presque conversationnel.
La section rythmique y joue un rôle essentiel, elle soutient sans jamais écraser, laissant les voix et les guitares tisser un dialogue sincère. Puis vient une relecture particulièrement réussie de « St. James Infirmary ». Le morceau, classique parmi les classiques, est ici revisité avec un arrangement de cuivres qui lui offre une couleur nouvelle, résolument New Orleans, sans trahir son âme mélancolique. C’est l’un des moments forts du disque, où tradition et modernité se rejoignent avec élégance.
Les originaux qui suivent montrent la variété du songwriting du duo Frederick – Wright. « Lucy Mae » se dépouille pour laisser place à une acoustique intime, presque chuchotée, « You Amaze Me » prend des allures de déclaration d’amour, simple et directe, portée par une sincérité désarmante, « Going To Kentucky » raconte la route, les voyages, les histoires qu’on ramène dans ses valises dans un blues narratif comme on les aime, et « Christmas in New Orleans » capture ce moment si particulier où la ville se vide avant de se remplir à nouveau pour le Nouvel An, un instant suspendu que seuls les locaux connaissent vraiment.
La fin de l’album rend hommage à des influences fondatrices avec la reprise de « Freight Train » d’Elizabeth Cotten, jouée avec respect et naturel, comme si elle avait toujours fait partie du répertoire du groupe. « You Don’t Miss Your Water » apporte ensuite une touche soul bienvenue, tandis que « Jumper On The Line » de R.L. Burnside clôt le disque avec une énergie brute, presque sauvage, rappelant que le blues, même poli par les années, garde toujours une part d’âpreté.
Avec « Love, Peace & Chicken Grease », les Pontchartrain Shakers signent un album profondément humain, chaleureux, enraciné mais jamais figé. On y entend la famille, la communauté, la tradition, mais aussi l’envie de faire vivre le blues aujourd’hui, ici, maintenant. Un album à écouter comme on partage un bon repas, entouré de ceux qu’on aime et avec le cœur grand ouvert.