Prisoner

(Wicked Cool Records – 2026)  

Durée 44’46 – 14 Titres 

https://www.prisoner.fr

Un groupe comme Prisoner ne se raconte pas en ligne droite. Leur histoire ressemble à leurs morceaux, un travelling nerveux, des ombres qui bougent, une tension qui ne retombe jamais. Né en 2019 entre Mulhouse, Bordeaux et Munich, le collectif a très vite trouvé sa singularité en mêlant l’esthétique garage rock, l’urgence du post‑punk et l’imaginaire des génériques télévisés des années 60/70. Avant même de composer leurs propres titres, ils ont réarrangé ces musiques cultes comme on revisite un mythe, en les ramenant dans un présent plus brut, plus politique, plus électrique.  

Au cœur de cette identité, deux éléments frappent immédiatement. D’abord la voix de Susanne, capable de passer du lyrisme à la scansion, du velours à l’alerte. Ensuite ce trombone omniprésent, véritable colonne vertébrale sonore, qui installe une tension permanente entre mélodie et urgence. Autour de ce duo, le groupe construit une écriture collective où chaque instrument semble dialoguer avec une image, une scène, un décor. Prisoner ne joue pas seulement des morceaux, le groupe fabrique des atmosphères.

Cette approche a fini par attirer l’attention de Little Steven, guitariste de E Street Band et figure majeure du rock américain, qui les a signés sur Wicked Cool Records. Une reconnaissance qui tombe au moment où le groupe franchit un cap décisif puisqu’après avoir revisité les classiques, Prisoner compose désormais ses propres génériques imaginaires, comme si une série entière prenait forme sous leurs doigts.

Le nouvel album, « Prisoner », porte le même nom que le groupe, et ce n’est pas un hasard. Il fonctionne comme une carte d’identité sonore, un manifeste, une déclaration d’intention. Dès les premières secondes, on retrouve cette signature cinématographique avec des rythmes tendus, des cuivres qui tracent des lignes dramatiques, des guitares qui claquent comme des flashs, une voix qui surgit pour guider l’écoute.

Chaque titre semble ouvrir un épisode, un décor, une situation. On passe d’un climat de film noir à une énergie de concert garage, puis à des envolées presque orchestrales qui évoquent les grands compositeurs de la télévision d’époque. Mais Prisoner ne se contente pas de rendre hommage, ils déplacent ces codes, les modernisent, les politisent. L’album avance comme une critique du monde contemporain, portée par des thèmes mélodiques ciselés et une dynamique collective impressionnante.

La production met en valeur cette dualité, d’un côté la rugosité du rock, de l’autre une précision quasi symphonique. Le trombone, loin d’être un simple ornement, devient un moteur narratif. La voix de Susanne, elle, joue le rôle de fil conducteur, parfois lumineuse, parfois menaçante, toujours expressive.

« Prisoner » est un disque qui ne cherche pas la facilité. Il demande à être écouté comme on regarde une série ambitieuse, avec attention, curiosité, et le plaisir de se laisser surprendre. Le groupe y affirme une identité rare, à la croisée des genres, des époques et des sensibilités. Un album qui confirme que Prisoner n’est pas seulement un projet original mais aussi une véritable proposition artistique, cohérente, habitée, et résolument contemporaine.

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