Get back home
(Frank Roszak Promotions – 2026)
Durée 50’19 – 10 Titres
Rick Berthod appartient à cette famille de musiciens pour qui le blues n’est pas un genre mais une manière d’habiter le monde. Né dans la culture des grands guitaristes électriques, il s’est imposé au fil des décennies comme l’un des artisans les plus constants de la scène américaine. Sa carrière s’est construite sur la route, dans les clubs, les festivals, les rencontres décisives et les amitiés musicales qui façonnent une identité artistique.
La trajectoire de Berthod bascule véritablement à la fin des années 1980 lorsqu’Albert Collins, figure tutélaire du blues moderne, l’aide à réunir un groupe de haut niveau sur la côte Ouest. Cette bénédiction du “Master of the Telecaster” marque un tournant, elle inscrit Rick dans une lignée, mais aussi dans une exigence. Dès lors, il multiplie les scènes, partageant l’affiche avec B.B. King, Gregg Allman, John Mayall, Robben Ford ou Etta James. Une vie de musicien qui se raconte en kilomètres, en nuits de clubs, en riffs échangés et en amitiés durables.
Installé à Las Vegas, il devient une figure locale respectée, jusqu’à son intronisation au Las Vegas Blues Hall of Fame en 2018. Ses albums successifs témoignent d’une évolution constante, un goût pour les atmosphères soul, une écriture de plus en plus affirmée, et une guitare qui privilégie la mélodie plutôt que la démonstration. Certains de ses disques ont marqué l’Europe, notamment « Peripheral Visions », resté plusieurs mois en tête des classements français, ou son hommage à Peter Green, dont un single a durablement occupé les charts.
Cette fidélité au blues, Rick la cultive avec une constance rare, chaque album est une étape, chaque projet une manière de revenir à l’essentiel. Dixième album d’un parcours déjà riche, « Get Back Home » s’impose comme une œuvre de maturité. Rick Berthod y rassemble tout ce qui fait sa signature, une guitare expressive, une voix chaleureuse, une écriture directe et sincère, et ce sens du groove qui transforme chaque morceau en histoire vécue.
L’album s’ouvre sur « Travelin’ South », une plongée immédiate dans un blues de route, porté par une énergie brute et une guitare qui trace des lignes claires. Le morceau, écrit par Albert Collins, fonctionne comme un clin d’œil à l’héritage, mais aussi comme une manière de rappeler d’où tout vient.
Viennent ensuite des titres où Berthod déploie son sens de la mélodie, les « So Fine », « Texas Rain » et autres « Welcome Back ». On y retrouve cette fluidité qui caractérise son jeu, un mélange de soul, de blues et de rock sudiste, avec des arrangements qui respirent. La présence de musiciens fidèles comme Jeff Mullen, Greg Culotti, Keith Brennaman, Stoney Curtis et Jason Walker, donne à l’ensemble une cohésion remarquable. Rien n’est forcé, tout coule.
Le cœur de l’album se situe dans les morceaux plus introspectifs tels que « Get Back Home », « Take Me Back » ou « Southern Sky ». Rick y explore des atmosphères plus douces, presque contemplatives, où la guitare devient un instrument narratif. On y entend l’expérience, la route, les années de scène, mais aussi une forme de sérénité. La production, précise et chaleureuse, met en valeur chaque nuance sans jamais surcharger.
Enfin, des titres comme « Whips & Chains », « Runnin’ From Love » ou « Evil Eyes » rappellent que Berthod sait aussi durcir le ton, retrouver le mordant du blues électrique, celui qui fait vibrer les clubs et les salles de concert.
Au fil des dix morceaux, « Get Back Home » apparaît comme un disque cohérent, généreux, profondément musical. C’est un album qui ne cherche pas l’esbroufe, il raconte juste une histoire, celle d’un musicien qui revient à l’essentiel, à ce qui l’a construit, à ce qui l’a toujours porté.
Avec « Get Back Home », Rick Berthod signe l’un de ses albums les plus aboutis, un disque où l’expérience rencontre la sincérité, où la guitare raconte autant que la voix, où le blues se fait à la fois voyage, mémoire et renaissance. Un album qui porte bien son nom, un retour à la maison, au cœur du blues, là où Rick Berthod n’a jamais cessé d’habiter.