Hallelujah! Don’t let the devil fool ya 

(Easy Eye Sound – 2026)  

Durée 44’34 – 8 Titres 

https://robertfinleyofficial.com

Septuagénaire toujours alerte, Robert Finley incarne l’une des plus belles histoires contemporaines du blues et de la soul, celle d’un artiste trop longtemps ignoré, revenu de tout, et qui signe aujourd’hui certains des disques les plus vibrants du genre.

Né en 1954 en Louisiane, il grandit dans un environnement où le gospel et le blues se mêlent naturellement. Très jeune, il apprend la guitare en observant les musiciens de gospel, développant une technique instinctive et profondément expressive.

Sa vie prend un premier tournant lorsqu’il s’engage dans l’armée américaine en 1970. Officiellement formé comme technicien d’hélicoptère, il est finalement recruté dans l’orchestre militaire, dont il devient même le leader, sillonnant l’Europe guitare en main.

Après son retour aux Etats-Unis, Finley mène une existence modeste, charpentier, musicien de rue, chanteur de gospel avec son groupe Brother Finley and the Gospel Sisters. Une carrière semi-professionnelle, ponctuée de longues périodes loin de la musique.

Ce n’est qu’en 2016, à plus de 60 ans, qu’il renaît véritablement grâce à son premier album, « Age Don’t Mean A Thing », salué par la critique. Depuis, chaque projet confirme la singularité de cet artiste tardif, dont la voix rocailleuse et l’âme brûlante semblent avoir attendu le bon moment pour éclore.

Avec « Hallelujah! Don’t Let The Devil Fool Ya », Robert Finley signe un album qui ressemble à une profession de foi autant qu’à un manifeste artistique. Produit par son complice Dan Auerbach dans les studios Easy Eye Sound de Nashville, ce disque s’inscrit dans la continuité de leur collaboration fructueuse, mais pousse encore plus loin la fusion entre blues profond, soul sudiste et ferveur gospel.

Composé de huit titres, l’album prend la forme d’un véritable sermon musical, une plongée dans la vie de l’artiste, ses épreuves, ses doutes, sa foi et sa résilience. A ses côtés, sa fille, Christy Johnson, apporte une présence vocale lumineuse, renforçant la dimension spirituelle et familiale du projet.

La voix de Robert Finley frappe immédiatement par sa puissance évocatrice, un timbre patiné par les années, mais d’une intensité intacte, capable de passer du murmure habité au cri libérateur. Musicalement, Dan Auerbach enveloppe le chanteur d’un écrin chaleureux, guitares swampy, orgues profonds, rythmiques moites, cuivres discrets mais essentiels. L’ensemble respire la sincérité, loin des artifices modernes.

On y entend la Louisiane, les églises rurales, les bars enfumés, les routes poussiéreuses, tout ce qui a façonné l’homme et l’artiste. L’album pose aussi une question essentielle, le blues peut-il être un instrument de salut ? Là où la légende de Robert Johnson évoque un pacte avec le diable, Finley propose une autre voie, celle d’une musique qui élève plutôt qu’elle ne damne. Un blues de rédemption, en somme.

« Hallelujah! Don’t Let The Devil Fool Ya » n’est pas seulement un excellent disque, c’est l’œuvre d’un artiste qui, loin des projecteurs pendant des décennies, livre aujourd’hui une musique d’une maturité rare. Un album qui parle de foi, de tentation, de lutte intérieure, mais aussi de joie et de transmission.

Robert Finley n’a peut-être pas eu la carrière fulgurante de certains de ses contemporains, mais il possède quelque chose de plus précieux, l’authenticité absolue. Et cet album en est la preuve éclatante.

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