Rockumbero
(L’Autre Distribution – 2026)
Durée 41’47 – 11 Titres
Il y a des artistes qui traversent les décennies comme des météores, d’autres comme des funambules. Roé, lui, avance en danseur, un pas dans la rumba, un autre dans le rock, un troisième dans la chanson, toujours en équilibre, toujours en mouvement. Son histoire ressemble à un roman picaresque, une trajectoire où les frontières n’ont jamais été des murs mais des tremplins.
Né à Barcelone en 1953, sous consulat français, Andres Roé grandit dans une famille nombreuse à Perpignan, bercé par la littérature, le football et la musique. Très tôt, il apprend la guitare classique, l’harmonie, et se découvre un maître absolu, Otis Redding.
A dix-huit ans, il est marié, un an plus tard, père de famille. La vie va vite, et il court avec elle. Il débute comme guitariste dans un orchestre afro‑cubain spécialisé dans les mariages gitans, puis multiplie les expériences, rock, jazz, flamenco, bossa nova … Il obtient un DEUG d’Anglais, une licence d’Espagnol, rejoint Paris en 1980, enregistre avec Nightrider chez CBS, fonde FFI avec Emmanuel Booz et Jeannot Hanela, ex‑Trust, accompagne Enzo Enzo et CharlElie Couture, compose pour la danse, traduit pour Souchon‑Voulzy.
Une vie de musicien‑artisan, de couteau suisse, de passionné. La bascule arrive quand Philippe Constantin le repère et le lance en solo. Son premier album chez Barclay, auquel participent Mory Kanté, David Gilmour et Ray Léma, accouche en 1990 d’un tube international, « Soledad ». Roé tourne alors en Europe, aux Antilles, au Japon, partageant l’affiche avec Iggy Pop, Khaled, Stéphane Eicher, Keziah Jones, Manu Dibango ou Jean‑Louis Aubert.
Installé à Nîmes à partir de 1995, il devient programmateur radio, crée un festival de rumba, dirige un festival de guitare, compose pour le cinéma, la télévision, la radio, expose ses photos … Une vie plurielle, intense, généreuse ! Et à l’aube de ses soixante-treize ans, Roé revient avec un album qui résume tout, « Rockumbero ».
Le titre dit tout, contraction de rock et rumbero, le fêtard en Espagnol. Et l’album tient sa promesse, il est sensible et festif, solaire et introspectif, la rumba s’y laisse électriser sans perdre son âme. L’ouverture, « Mon père est là sans être là », est un bijou d’émotion. Une sorte de « Mon Vieux » chaloupé, où Roé revisite la figure paternelle avec pudeur et chaleur.
La suite explore les territoires intimes avec « Une », dédiée à sa compagne, avec « Je veux ma sœur pour présidente », clin d’œil familial et politique, ou encore avec « Belle fille est Salomé », à la fois tendre et malicieux. Roé n’a rien perdu de son sens de la narration, chaque chanson est une petite scène, un fragment de vie, un sourire, une larme.
L’album est traversé par ce feeling latin qui a toujours été sa signature. Congas, chœurs, violon, percussions, les arrangements sont lumineux, chaleureux, presque cinématographiques. L’instrumental « Chibumba rhapsodie » rappelle son amour du flamenco, tandis que « Vivons à mort », « Yo No Sé » ou « Double peine » ouvrent des fenêtres plus philosophiques, sans jamais perdre le groove.
Dans les moments de langueur, « Comme deux frères » et « Mon soleil se lève », on pense à Art Mengo, avec la même façon de laisser les mots se lover dans le rythme, la même poésie du quotidien. Roé n’a jamais été un artiste poseur. Il aime la vie, les gens, les imperfections. « Apothéose de l’empoté » en est la preuve, c’est un morceau drôle, tendre, qui montre qu’on peut être virtuose sans se prendre au sérieux.
A un âge où beaucoup ralentissent, Roé accélère. Il danse encore, il chante encore, il raconte encore. Et il le fait avec une sincérité rare. « Rockumbero » n’est pas un album de plus, c’est une synthèse, une célébration. L’artiste y rassemble ses influences, ses souvenirs, ses amours, ses doutes, et les transforme en chansons qui respirent la joie, la chaleur, l’humanité.