RYAN « BLUWRATH » NEWMAN

Wrath of blues

(Feverbarn Recordings – Blind Raccoon – 2026)  

Durée 58’00 – 14 Titres 

https://www.ryanbluwrathnewman.com

Ryan “Bluwrath” Newman appartient à cette catégorie rare de musiciens dont la trajectoire semble avoir été tracée dès l’enfance. Né à Chester, Connecticut, il attrape une guitare à sept ans, apprend seul des pans entiers du répertoire des Beatles, et transforme un trouble d’apprentissage en moteur créatif. Très vite, ses professeurs eux‑mêmes se mettent à reprendre ses riffs, signe avant‑coureur d’un talent qui ne demande qu’à exploser.  

Un an plus tard, un ami lui fait écouter « Wind Cries Mary » de Jimi Hendrix. C’est le choc fondateur, celui qui imprime définitivement dans son ADN musical le blues‑rock incandescent des maîtres, Hendrix, Stevie Ray Vaughan, Clapton, John Mayall, B.B. King. Dès l’adolescence, Newman joue dans les clubs, les foires, les festivals, affûtant un jeu déjà étonnamment mûr. La légende raconte qu’il aurait été prié de quitter Berklee pour avoir joué trop fort, une anecdote qui, vraie ou non, colle parfaitement au personnage. 

A seize ans, John Mayall l’invite sur scène pour jammer. Le jeune prodige devient alors une figure montante de la scène blues du Connecticut, fréquentant Black Eyed Sally’s à Hartford, le Knickerbocker Music Center à Westerly, et s’entourant de soutiens solides comme Jeff Pitchell ou Jeff Prevar. Aujourd’hui, Newman mène plusieurs projets, le trio power‑blues Righteous Continental, The Incredible Amplifires avec l’harmonica de Dave Robbins, et le duo Katmanduo avec la chanteuse‑claviériste Kat Madrak.  

Sacré Best New Artist par le New England Music Hall of Fame, Newman est un guitariste à la fois soft‑spoken et incandescent, un musicien dont la passion semble le porter quotidiennement. Son premier album, « Wrath Of Blues », en est la preuve éclatante.

Pour son entrée discographique, Ryan “Bluwrath” Newman ne choisit pas la facilité. En effet, « Wrath Of Blues » est un disque ambitieux, éclectique, construit autour de treize reprises soigneusement choisies et d’un original. Un album qui ne cherche jamais à imiter, mais à absorber, filtrer, réinventer, et surtout à laisser parler une guitare d’une expressivité rare. 

Dès l’ouverture, Newman attaque « Dust My Broom » avec une intensité qui rappelle Elmore James tout en affirmant sa propre signature. Le slide est tranchant, le groove nerveux, et l’on comprend immédiatement pourquoi le producteur Jon Grossbard parle d’une force dynamique de la scène blues.  

Son unique composition, « Leaving This World Tonight », est un slow blues brûlant, une lamentation électrique où la guitare pleure, rugit, puis se retire comme une vague sombre. Newman y dévoile une maturité émotionnelle étonnante pour un premier album.  

Le disque navigue ensuite entre les influences majeures du guitariste. « Texas Flood » est revisité avec respect mais sans révérence paralysante, Newman y alterne silences sensuels et décharges fulgurantes. Il durcit légèrement, « Your Mind Is On Vacation », transformant la malice de Mose Allison en blues-rock grinçant. « The Thrill Is Gone », chanté par Vic Washington, permet à Newman de tisser derrière la voix un réseau de lignes claires et vibrantes. On se régale encore de « Oh, Pretty Woman » et « Be Careful With A Fool », deux hommages à B.B. King où le jeu du guitariste se fait incisif, presque félin.  

Newman surprend ensuite en s’aventurant hors du strict territoire blues avec « Get Up Stand Up », porté par les voix d’Anita Antoinette, où il injecte des éclairs électriques dans le reggae originel, puis avec « Miss You », avec Arlene Wow qui apporte une touche latine inattendue. Enfin, « Baltimore Oriole » s’avère être un choix improbable mais réussi où Newman mêle ballade jazz, blues incandescent et effets de guitare évoquant des chants d’oiseaux.  

La fin de l’album est un feu d’artifice avec « Come On », R&B musclé et jubilatoire, avec « Highway 61 Revisited » où Newman embrase Dylan avec une énergie presque punk-blues, et enfin avec « Good To Me As I Am To You », magnifiée par Arlene Wow, où la guitare de Newman pleure avec force et sensibilité.

Plus qu’un album de reprises, « Wrath Of Blues » est une carte d’identité artistique, un manifeste, une déclaration d’intention. Newman y prouve qu’il est capable de naviguer entre les styles, de respecter les maîtres sans jamais se perdre dans l’imitation, et surtout de faire parler une guitare qui possède déjà une voix singulière.  

Ryan “Bluwrath” Newman arrive dans le paysage blues contemporain comme une décharge électrique, jeune, passionné, techniquement redoutable, mais surtout profondément musical. Son étoile monte, et cet album en est la première lueur éclatante.

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