Electric swamp funkin’ blues
(Alligator Records – 2026)
Durée 46’00 – 10 Titres
https://www.selwynbirchwood.com
A 6 pieds 3 et avec une Gibson Firebird en bandoulière, Selwyn Birchwood a longtemps donné l’impression d’être un météore tombé dans le blues moderne. En réalité, son ascension est tout sauf accidentelle. Né en 1985 à Orlando, Floride, d’un père britannique et d’une mère trinidadienne, il grandit dans un environnement où les cultures se croisent, où les rythmes caribéens côtoient les guitares américaines.
A 13 ans, il découvre le blues par hasard, en tombant sur Jimi Hendrix. La révélation est immédiate. Très vite, il remonte la filière, Buddy Guy, Albert King, Son House. Le virus est pris. A 19 ans, un autre événement change sa trajectoire, il croise la route du légendaire Sonny Rhodes qui l’embauche comme guitariste et l’initie au lap steel. Pendant quatre ans, Birchwood sillonne les routes, apprend le métier, la scène, la sueur, la discipline. Rhodes lui répète régulièrement que s’il veut faire ce métier, il doit le faire avec son propre son. Le conseil deviendra un credo.
Diplômé en business management, un fait rare dans le milieu, Selwyn Birchwood aborde sa carrière avec une vision claire, être un artiste complet, libre, et ne jamais se contenter de recycler le passé. En 2013, il remporte l’International Blues Challenge et le prix Albert King du meilleur guitariste. Alligator Records le signe dans la foulée. Depuis, il trace une route singulière avec un blues moderne, électrique, souvent funky, toujours enraciné mais jamais figé. Une musique qui respire la Floride, la moiteur, les marécages, les nuits longues et les guitares qui grincent.
Avec « Electric Swamp Funkin’ Blues », Selwyn Birchwood livre un album qui porte bien son nom, électrique, moite, grouillant, et traversé d’un groove épais comme un soir d’orage sur les rives du Mississippi. Ce disque n’est pas seulement une nouvelle étape dans sa discographie, c’est une déclaration d’intention. Birchwood y affirme une identité musicale qui refuse les frontières, blues, funk, rock sudiste, soul cuivrée … Tout s’entremêle, tout circule, tout respire.
Dès les premières mesures, on retrouve sa signature avec un son de guitare tranchant mais jamais démonstratif, un lap steel qui surgit comme un cri animal, et surtout cette voix chaude, légèrement râpeuse, qui raconte autant qu’elle chante. Birchwood n’est pas un crooner, c’est un conteur. Il parle de routes poussiéreuses, de relations qui déraillent, de nuits trop longues, de démons intérieurs qu’on apprivoise en les regardant droit dans les yeux.
L’album brille particulièrement dans ses moments les plus hybrides. Les titres où le funk s’invite dans le blues sans jamais le dénaturer, où la section rythmique avance comme un alligator dans l’eau trouble, lentement, mais avec une puissance irrésistible. On sent l’héritage de la Floride, ce mélange de moiteur et d’électricité, de tradition et de modernité.
Les cuivres, omniprésents mais jamais envahissants, ajoutent une dimension presque cinématographique. Ils donnent du relief, de la profondeur, un parfum soul qui rappelle parfois les grandes heures de Stax. Quant aux solos, ils sont courts, précis, tendus. Selwyn Birchwood joue comme il parle, sans fioritures, mais avec une intensité qui laisse des traces. Plus qu’une simple collection de morceaux, « Electric Swamp Funkin’ Blues »est un territoire. Un paysage sonore où l’on avance comme dans un marécage, où chaque pas révèle une texture, une couleur, une surprise.
L’album respire, transpire, vit. Il confirme que Selwyn Birchwood n’est pas seulement un excellent guitariste ou un songwriter inspiré mais qu’il est l’un des artisans les plus créatifs du blues contemporain. Indispensable !