Live at the Chicago Blues Festival
(Stella Blue Music – 2026)
Durée 41’58 – 10 Titres
Stefan Hillesheim semble avoir respiré le blues dès son enfance. Né en Allemagne, formé dans l’exigence du jazz et de la musique classique, il a pourtant toujours gardé l’oreille tournée vers les Etats-Unis, vers cette terre où le blues n’est pas seulement un style mais une manière d’être au monde. Très tôt, il s’impose comme un guitariste à la fois technique et viscéral, capable d’allier la précision européenne à la chaleur du son américain. Installé depuis plusieurs années de l’autre côté de l’Atlantique, l’artiste forge sa réputation sur scène, là où son jeu prend toute sa dimension. Son groupe, le Stefan Hillesheim Band, devient rapidement un organisme vivant, soudé par une écoute rare et une énergie brute.
A la guitare, Hillesheim déroule un phrasé fluide, nourri de Chicago blues, de soul et de jazz moderne. A ses côtés, une section rythmique solide comme un vieux pont de fer, une basse ronde, terrienne, une batterie qui sait autant chuchoter que rugir, et des claviers qui ne se contentent pas de faire de la figuration. Ensemble, ils construisent un son immédiatement identifiable, à la fois respectueux des traditions et ouvert à des explorations plus contemporaines. Le groupe s’impose dans les clubs, puis sur les festivals, jusqu’à décrocher une place de choix sur l’une des scènes les plus mythiques du genre, celle du Chicago Blues Festival. Un passage qui deviendra un tournant, et qui surtout donnera naissance à un album.
Il y a des lives qui documentent un concert et d’autres qui capturent un moment de vérité. « Live at the Chicago Blues Festival » appartient clairement à la seconde catégorie. Dès les premières mesures, on comprend que Stefan Hillesheim et son groupe ne sont pas venus jouer un simple set festivalier, ils sont venus prendre possession de la scène, comme si l’histoire du blues les regardait depuis les coulisses.
L’album s’ouvre sur un groove massif, presque cérémoniel, qui installe immédiatement le climat. Le son est chaud, ample, sans artifice. On entend la foule, on sent l’air du soir, on perçoit cette tension électrique propre aux grandes scènes de Chicago. Hillesheim attaque ses premiers chorus avec une assurance tranquille, un vibrato large, un toucher précis, une capacité à faire chanter chaque note plutôt qu’à les empiler. On pense parfois à Buddy Guy pour la fougue, à Robben Ford pour la clarté harmonique, mais Hillesheim reste toujours lui-même, identifiable, ancré.
Les morceaux s’enchaînent avec une fluidité remarquable. Le quartet respire ensemble, accélère, retient, relance. La section rythmique est un moteur parfaitement huilé, les claviers habillent les morceaux d’une touche luxueuse, la basse soutient sans jamais écraser, la batterie sculpte l’espace avec une élégance rare. Sur les titres les plus uptempo, le groupe déploie une énergie presque rock, sans jamais perdre la sophistication du blues moderne. Sur les ballades, Hillesheim laisse davantage de place au silence, à la nuance, à cette fragilité qui fait les grands guitaristes.
Le sommet du disque arrive en dernière partie de set, avec « Better Man », un long blues lent où Hillesheim semble raconter une histoire entière sans trop user des mots. Le public retient son souffle, puis explose. C’est ce genre de moment qui justifie l’existence des albums live, la musique y devient un échange, un pacte, une communion.
La production, fidèle et sans surmixage, respecte l’instant. On entend les micros de scène, on devine les réactions du public, les respirations du band. Rien n’est lissé, rien n’est retouché. C’est brut, vivant, vibrant. Un disque incandescent, généreux, qui donne envie les voir le groupe sur scène, là où sa musique prend feu.