I don’t mind
(Out Of The Past Music – Blind Raccoon – 2026)
Durée 48’14 – 12 Titres
Dans un paysage musical où la virtuosité se confond souvent avec la démonstration, Steve Howell, Dan Sumner et Jason Weinheimer choisissent depuis longtemps une autre voie, celle de la finesse, du respect des traditions et de la mise en valeur de la chanson. Avec « I Don’t Mind », leur nouvelle réalisation, le trio livre un recueil d’une rare élégance où blues, jazz, folk et swing se croisent avec un naturel désarmant.
Originaire du Texas mais installé depuis de nombreuses années en Louisiane, Steve Howell a consacré une grande partie de sa vie à l’exploration des racines du blues acoustique américain. Fasciné dès son adolescence par les grands maîtres du fingerpicking et par les pionniers du blues rural, il a progressivement développé un style personnel fondé sur la sobriété, la musicalité et une profonde compréhension des répertoires traditionnels. Sa discographie témoigne d’un attachement constant aux grands songwriters américains et à une approche artisanale de l’interprétation.
A ses côtés, Dan Sumner apporte son immense culture musicale et son talent de guitariste. Egalement arrangeur, producteur et propriétaire du Fort Sumner Studio en Louisiane, il s’est imposé au fil des années comme une figure respectée de la scène musicale américaine, collaborant avec de nombreux artistes et participant activement à la préservation des traditions guitaristiques.
Le troisième homme de cette aventure, Jason Weinheimer, n’est pas seulement un bassiste remarquable. Producteur expérimenté, ingénieur du son et musicien aux multiples facettes, il constitue le trait d’union idéal entre la vision artistique de Howell et la richesse harmonique apportée par Sumner. Leur complicité, construite au fil de plusieurs albums et collaborations, atteint ici une maturité particulièrement séduisante.
Dès les premières notes de « I Don’t Mind », on comprend que l’objectif n’est pas de réinventer l’histoire mais plutôt de lui redonner vie avec intelligence et sensibilité. Le trio s’empare d’un répertoire puisé dans les grandes traditions américaines avec un profond respect, tout en insufflant à chaque morceau une personnalité singulière. La production privilégie la chaleur des instruments acoustiques, la fluidité des arrangements et la proximité des interprètes.
La force de l’album réside dans son équilibre constant. Le blues y dialogue avec le jazz, les influences folk se mêlent aux couleurs swing, tandis que les guitares de Howell et Sumner développent un jeu subtil, jamais démonstratif mais toujours expressif. Chaque intervention semble guidée par le souci de servir la chanson plutôt que de mettre en avant la technique, même si celle-ci demeure omniprésente.
La voix de Steve Howell contribue largement au charme de l’ensemble. Chaleureuse, rassurante et dénuée de tout artifice, elle accompagne l’auditeur comme un vieux compagnon de route. Son chant s’intègre parfaitement à des arrangements où chaque note paraît à sa place, donnant à l’ensemble une remarquable cohérence sonore.
L’autre réussite majeure de « I Don’t Mind » réside dans son atmosphère. L’album évoque les clubs intimistes, les salons où l’on joue entre amis, les disques que l’on redécouvre au fil des années. Rien n’y semble forcé. Cette simplicité apparente est pourtant le fruit d’un savoir-faire considérable, acquis par trois musiciens qui connaissent parfaitement les langages qu’ils explorent.
A une époque où l’authenticité est parfois revendiquée comme un argument marketing, Steve Howell, Dan Sumner et Jason Weinheimer la pratiquent naturellement. « I Don’t Mind » n’a pas besoin d’effets spectaculaires pour séduire. Son pouvoir réside dans la qualité de ses interprétations, la richesse de ses influences et la sincérité qui se dégage de chaque morceau.
Avec cet album, le trio confirme sa place parmi les plus fins artisans du blues acoustique contemporain. Élégant, chaleureux et profondément humain, « I Don’t Mind » s’écoute comme une conversation entre vieux amis qui partagent une même passion pour les grandes chansons américaines. Une œuvre discrète dans sa forme, mais particulièrement riche dans son fond, qui rappelle que les traditions musicales continuent de vivre lorsqu’elles sont confiées à des interprètes de cette trempe.