Shadows
(Autoproduction – 2025)
Durée 66’13 – 14 Titres
https://badrock-blues-band.com
Né en 1992 dans le district de Ried im Innkreis, en Haute-Autriche, The Badrock Blues Band s’est imposé au fil des décennies comme l’un des groupes les plus authentiques de la scène blues-rock autrichienne. Depuis plus de trente ans, le quatuor, dont la formation a évolué mais dont l’esprit est resté intact, sillonne clubs, salles de concert et festivals avec une devise simple, 100% live, 100% sincère.
Leur répertoire mêle compositions originales et relectures vibrantes de classiques du rock, du blues et du rock’n’roll. Leur son, profondément enraciné dans la tradition américaine, s’est toujours nourri de l’énergie brute du live, de la camaraderie et d’un sens aigu de la narration musicale.
Parmi les figures marquantes du groupe, Gerald “Mercy” Schuldenzucker, membre fondateur, a longtemps incarné l’âme des BBB. Son jeu, sa voix et sa sensibilité artistique ont façonné l’identité du groupe. Son décès soudain, survenu juste après l’enregistrement du nouvel album, a transformé ce projet en un témoignage poignant et involontairement ultime.
Aujourd’hui, la formation continue d’avancer, accueillant récemment le guitariste Christian Zellner, et multipliant les projets, dont le très apprécié Gstanzl Blues, fusion étonnante entre blues américain et chants folkloriques autrichiens. Une preuve supplémentaire que les BBB n’ont jamais cessé d’explorer, de mélanger, de surprendre.
Enregistré en 2024, « Shadows » devait être le premier véritable album studio du groupe. Il est devenu, par la force des choses, un hommage bouleversant à Mercy, disparu trois jours après les sessions. Cette dimension tragique n’écrase pourtant pas l’œuvre, elle la transcende.
Dès les premières mesures, l’ouvrage impose une atmosphère dense. Le blues y est tour à tour rugueux, introspectif, électrique ou profondément humain. Les compositions sont toutes originales, et l’on sent une maturité rare, celle d’un groupe qui joue ensemble depuis des décennies et qui connaît chaque respiration de l’autre.
« No More Work », véritable cœur émotionnel du disque, résonne aujourd’hui comme une prophétie. Mercy y chante l’épuisement, le renoncement, mais aussi une forme de délivrance. Sa voix, chargée d’une fragilité nouvelle, bouleverse. On y entend un adieu sans le savoir.
Avec « Caught By Rock’n’Roll », changement radical d’ambiance pour un rock’n’roll effréné, hommage à la jeunesse, aux nuits folles et à cette maladie incurable qu’est la passion du rock. Le texte raconte la chute joyeuse dans la musique, comme un destin impossible à éviter.
« Shadows of Pain » est un titre plus contemplatif, où le groupe observe un monde fracturé, mais cherche malgré tout la lumière. Les arrangements, presque oniriques, ouvrent des espaces de douceur au milieu des ténèbres. Puis retour au Chicago blues pur jus avec « Sugar Mama », son harmonica nerveux, sa slide guitar tranchante, son groove irrésistible. C’est le Badrock Blues Band dans ce qu’il a de plus jubilatoire.
Si « Shadows » porte la marque d’une perte immense, il n’est jamais pesant. Au contraire, il respire la liberté, la complicité et la joie de jouer. Le groupe y célèbre ce qui l’a toujours animé, raconter des histoires, faire vibrer les corps, toucher les cœurs.
Avec cet album, The Badrock Blues Band signe l’un de ses projets les plus aboutis, un album qui condense trente ans de scène, d’amitié et de passion. C’est un disque qui regarde la mort en face mais choisit la lumière, un album qui pleure, qui danse, qui espère. Un album profondément humain !