Taking it to the mountain

(Music Maker – 2026)  

Durée 34’39 – 9 Titres 

https://www.musicmaker.org/artist/trenton-ayers

Né à Holly Springs, au cœur du Mississippi, Trenton Ayers appartient à cette lignée de musiciens pour qui le blues n’est pas un genre mais un héritage. Fils du bassiste Earl “Little Joe” Ayers, compagnon de route de Junior Kimbrough, il grandit dans une atmosphère où les répétitions, les fêtes de quartier et les juke joints formaient une véritable école de vie. Très tôt, il côtoie les figures majeures du Hill Country blues, de Jessie Mae Hemphill à la famille Burnside, absorbant un langage musical brut, hypnotique, profondément enraciné dans la terre rouge du Nord Mississippi. 

A six ans, il monte pour la première fois sur scène. A douze, il rejoint The Burnside Exploration, amorçant une carrière de musicien itinérant qui ne s’arrêtera plus. Les années suivantes le voient passer par The Electric Mudd, The Muddy Trio, puis The Cedric Burnside Project, avec lequel il sillonne les États-Unis et l’Europe, jusqu’à être nommé aux Grammy Awards. 

Malgré ce parcours dense, Ayers reste longtemps dans l’ombre, fidèle à son rôle de sideman. Mais son jeu, façonné par quatre décennies de pratique et nourri d’influences allant du Hill Country blues à Sly And The Family Stone, attire l’attention du producteur Jimbo Mathus, figure incontournable des musiques roots. Mathus l’encourage à prendre enfin la lumière et à enregistrer un album qui reflète pleinement sa personnalité musicale.  

Enregistré en mai 2025 aux Music Maker Studios de Fountain, Caroline du Nord, « Taking It To The Mountain » marque un tournant dans la carrière d’Ayers. C’est son premier album sous le label Music Maker, et surtout la première œuvre où il occupe pleinement le centre du cadre.

L’album bénéficie d’un élément unique, la Freeverb Chamber, une chambre de réverbération installée dans l’ancien atelier du luthier et artiste visionnaire Freeman Vines. Ce dispositif donne au disque une profondeur organique, presque mystique, où chaque note semble résonner dans un espace chargé d’histoire. Les guitares de Vines, elles aussi présentes sur plusieurs titres, ajoutent une texture singulière, rugueuse, presque spirituelle.   

Autour d’Ayers, Mathus réunit une équipe soudée avec son propre groupe, Creatures Of The Southern Wild (Kirk Russell, John Kveen, Scott “Paco” Goolsby) qui apporte une assise rythmique et électrique, mais aussi avec des chanteurs locaux, The Crimestoppers (Anthony “Amp” Daniels, Christy Moody, KeAmber Daniels), qui enveloppent les morceaux de chœurs chaleureux, ancrés dans la tradition gospel locale. Cette constellation de musiciens crée un écrin où la guitare d’Ayers peut s’exprimer sans retenue, tantôt tranchante, tantôt méditative, toujours habitée.

L’album s’ouvre sur « Blues So Bad », un morceau où Ayers pose d’emblée son style, un groove épais, une voix râpeuse, une guitare qui semble parler à la place des mots. Suivent « Play On », véritable mantra collectif, et « Run Leo », instrumental incandescent porté par un Hammond B-3 qui dialogue avec la guitare comme deux conteurs autour d’un feu. 

Le titre éponyme, « Taking It To The Mountain », est une montée en puissance, presque une cérémonie. Ayers y chante la nécessité de s’élever, de se confronter à soi-même, de trouver un espace où la communauté et la musique se rejoignent. Le morceau est à la fois hypnotique et fédérateur, fidèle à l’esprit du Hill Country blues mais ouvert à des influences plus modernes. Plus loin, « Getting Funky » et « Insight » montrent l’étendue de son vocabulaire, funk moite, rock psychédélique, blues viscéral. Ayers ne se contente pas de perpétuer une tradition : il la tord, la colore, la projette vers l’avenir.   

« Taking It To The Mountain » n’est pas seulement un disque, c’est une affirmation. Celle d’un musicien longtemps discret qui, enfin, revendique son identité propre. Ayers y transforme ses expériences, les tournées, les rencontres, les épreuves personnelles, en un langage musical cohérent, vibrant, profondément humain.   

L’album, disponible via Music Maker Foundation et sur toutes les plateformes de streaming, s’impose comme l’une des œuvres les plus marquantes de la nouvelle génération du Hill Country blues. Une musique qui respecte ses racines tout en ouvrant grand les portes de la création. 

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