Woman named trouble

(Ruf Records – 2026)  

Durée 42’04 – 11 Titres 

https://www.vanjasky.rocks

Dans un paysage musical souvent saturé de productions formatées, Vanja Sky s’impose comme une déflagration salutaire. Comme l’annonce clairement son label, contrairement aux princesses pop, Vanja Sky représente le vrai blues rock puissant. Et il suffit de l’écouter pour comprendre que la formule n’a rien d’un slogan puisque la guitariste et chanteuse incarne une génération qui refuse de choisir entre tradition et modernité, entre rugosité et élégance, entre héritage et affirmation personnelle.

Née en Croatie, Vanja Sky découvre le blues comme une révélation. Dans un pays où la scène n’offre pas toujours les infrastructures nécessaires, elle avance pourtant avec une détermination farouche. Malgré des débuts difficiles dans son pays natal, elle a persévéré avec talent et détermination. 

Cette ténacité la conduit rapidement à attirer l’attention de la scène internationale et son premier album, « Bad Penny », salué par la critique, installe d’emblée une artiste capable de conjuguer énergie brute, sens mélodique et présence vocale singulière.

Ses influences, Rory Gallagher, Albert King et Stevie Ray Vaughan, ne sont pas juste des références décoratives. Elles irriguent son jeu, mais Vanja Sky ne se contente jamais de reproduire, elle absorbe, transforme, modernise. Son blues rock est un territoire vivant, vibrant, où la guitare mord, où la voix s’impose, où chaque titre semble conçu pour la scène autant que pour le disque.

Initialement paru en 2020, « Woman Named Trouble » marque un tournant dans la carrière de Vanja Sky. Plus dur, plus varié, plus affirmé, l’album dévoile une artiste qui explore sans crainte les multiples facettes de son identité musicale. La réédition de la mi-avril 2026 en vinyle Yellow Splatter lui offre une seconde vie méritée.

L’ouverture avec « Rock’N’Rolla Train » donne immédiatement le ton, riffs acérés, tempo nerveux, voix qui gronde et s’élève. Vanja Sky ne cherche pas à séduire, elle embarque. « Hard Times » poursuit dans une veine plus lourde, presque sudiste, où la guitare respire la poussière et la sueur. Avec « Turn It On », elle injecte une dose de groove électrique, tandis que « Life Is A Bitch » assume un blues rock frontal, sans fioritures.

Le cœur de l’album se dévoile avec « Trouble Maker », morceau-titre déguisé, où l’on sent poindre une forme d’autoportrait d’une femme qui avance, qui dérange, qui refuse les cases. « What’s Going On » apporte une touche plus introspective, presque soul, démontrant la polyvalence vocale de l’artiste.

La face B confirme cette diversité. « Call Me If You Need Me » joue la carte de la sensibilité, tandis que « Let’s Get Wild » relance la machine avec un rock débridé. La reprise de « Oh Well » de Fleetwood Mac est l’un des sommets du disque. Respectueuse mais habitée, elle prouve que Vanja Sky sait dialoguer avec les classiques sans s’effacer. « Voodoo Mama » distille une ambiance plus mystique, presque swamp, avant que « Shadow Play », hommage évident à Rory Gallagher, ne referme l’album dans un tourbillon incandescent.

« Woman Named Trouble » est un disque qui respire la liberté. On y trouve du blues rock pur jus, mais aussi des éclats funk, des nuances folk, des atmosphères plus sombres. L’ensemble est cohérent, puissant, porté par une artiste qui sait exactement où elle veut aller.

La réédition en vinyle n’est pas un simple geste commercial, c’est surtout l’occasion de redécouvrir un album qui a marqué une étape essentielle dans la construction de Vanja Sky, une musicienne qui, loin des artifices, continue de tracer sa route avec une sincérité rare et une énergie contagieuse.

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