Unwanted
(Forty Below Records – 2026)
Durée 36’04 – 12 Titres
Très apprécié sur la scène country américaine, Dale Watson s’est imposé depuis plus de trois décennies comme l’un des derniers défenseurs d’une tradition qu’il préfère appeler Ameripolitan plutôt que country. Né en Alabama, grandi au Texas, façonné par les bars enfumés, les clubs de danse et les routes interminables, Watson a bâti une carrière d’une constance rare. Plus de trente albums, des centaines de chansons, une voix reconnaissable entre mille et surtout une éthique de travail qui force le respect avec plus de trois centaines de concerts par an, comme si la scène était son véritable foyer.
Installé entre Austin et Memphis, deux villes qui ont profondément marqué son identité artistique, Watson a toujours refusé les compromis. Trop honky‑tonk pour Nashville, trop old‑school pour les radios formatées, il a choisi la voie la plus difficile, celle de la fidélité absolue à ses racines. Il se plait à rappeler que si Austin lui a appris à swinguer, c’est Memphis lui a appris à ressentir. Une phrase qui résume parfaitement l’équilibre de sa musique, entre rigueur rythmique et émotion brute.
Au fil des ans, Dale Watson est devenu bien plus qu’un chanteur, il est aujourd’hui un porte‑étendard. Il a défendu les honky‑tonks menacés, créé les Ameripolitan Awards pour célébrer les artistes hors des circuits mainstream, et inspiré toute une génération de musiciens attachés à l’authenticité.
A soixante ans passés, il n’a rien perdu de son mordant et « Unwanted », son nouvel album paru chez Forty Below Records, en est la preuve éclatante. Avec lui, Dale Watson signe un disque qui condense tout ce qui fait sa singularité, une écriture affûtée, une voix patinée par les kilomètres et un amour viscéral pour les musiques américaines d’avant les artifices.
Entièrement écrit et produit par l’artiste lui-même, l’ouvrage plonge sans détour dans les styles qui ont façonné sa carrière, honky‑tonk, outlaw country, western swing et rockabilly. Rien n’est édulcoré, rien n’est modernisé pour plaire. C’est du Dale Watson pur jus. Enregistré entre ses deux villes de cœur, l’album bénéficie de l’énergie combinée de ces lieux mythiques. On y retrouve ses fidèles Lonestars, mais aussi des contributions de Celine Lee, Katie Shore, Matt Hubbard et du groupe The Memphians.
Le résultat est un disque vivant, organique, où chaque instrument respire. Le single d’ouverture, « Willie Waylon And Whiskey », donne immédiatement le ton avec un hommage assumé à l’ère outlaw, porté par un groove sec et une interprétation pleine de panache. Watson y célèbre l’esprit frondeur de ses héros, mais aussi sa propre fidélité à cette tradition rebelle. C’est un morceau qui aurait parfaitement trouvé sa place dans un juke‑box de 1975, et c’est précisément ce qui fait sa force.
Le reste de l’album déroule une série de titres qui oscillent entre nostalgie, humour, mélancolie et pure énergie honky‑tonk. « She Was My Baby » et « Just Yesterday » rappellent le Watson conteur, celui qui sait transformer une histoire simple en émotion universelle. « What The Hell Happened To The Cadillac » apporte une touche d’ironie mordante, tandis que « Don’t Let The Honky Tonks Go » sonne comme un manifeste, presque un cri du cœur pour préserver ces lieux qui ont façonné sa vie. Plus introspectif, « If You Really Love Me (Outlive Me) » dévoile un Watson plus vulnérable, tandis que « Never Mend The Broken Spoke » rend hommage à un autre symbole de la culture texane.
Enfin, la chanson‑titre « Unwanted » referme l’album sur une note sombre et élégante, comme un dernier verre partagé au comptoir avant de reprendre la route. « Unwanted » est un ouvrage construit sur la longueur. Dale Watson y poursuit son œuvre avec une sincérité désarmante, fidèle à lui‑même, fidèle à son public, fidèle à une musique qu’il refuse de voir disparaître.
Dans un paysage country souvent dominé par les productions lisses, Watson rappelle que la tradition n’est pas un musée mais au contraire une force vivante, rugueuse, indomptable. Avec ce disque, il prouve une fois de plus qu’il reste l’un des plus ardents défenseurs du real deal country music. Et tant qu’il continuera de tourner trois cents soirs par an, guitare en main et sourire en coin, cette musique ne sera jamais vraiment « Unwanted ».