Thunder in the house
(E-H Records – 2026)
Durée 35’24 – 9 Titres
Detroit a toujours enfanté des artistes capables de transformer la rudesse du quotidien en musique incandescente. Eliza Neals appartient à cette lignée. Née sur Acacia Street, en périphérie de la ville, elle grandit au cœur d’un bouillonnement musical unique, dans ce « Paris du Midwest » où le blues, la soul et le rock s’entrechoquent. A cette matrice sonore s’ajoute son héritage arménien, qui nourrit chez elle un sens profond de la mélodie et de la dramaturgie.
Diplômée en musique de la prestigieuse Wayne State University, Eliza Neals ne tarde pas à se faire remarquer. Sa rencontre et son amitié avec Barrett Strong, figure légendaire de la Motown, auteur pour Marvin Gaye ou The Temptations, lui offrent un ancrage artistique solide. Forte de cette filiation, elle développe un style hybride, un blues-rock moderne où la puissance vocale côtoie une écriture viscérale.
Depuis le début des années 2000, Eliza Neals trace sa route avec une constance remarquable. Treize albums plus tard, elle s’est imposée comme une force incontournable de la scène indépendante américaine, capable de mêler spiritualité, sensualité et énergie brute. Sa voix, souvent comparée à un mélange de Janis Joplin et Beth Hart, porte une intensité rare, un grain éraillé, une chaleur soul, une présence scénique magnétique.
Avec « Thunder In The House », son treizième album studio, Eliza Neals revient en 2026 avec une œuvre qui condense tout ce qui fait sa singularité. Loin d’être un simple disque de blues-rock, l’album se présente comme un véritable rituel sonore, un pont entre le terrestre et le spirituel. Neals y convoque la figure de la déesse Isis, symbole de protection et de renaissance, pour tisser un ensemble de neuf titres qu’elle décrit elle-même comme un antidote pour l’âme.
Dès les premières mesures, on retrouve cette tension propre à Eliza Neals, une musique qui puise dans les émotions sombres pour mieux en extraire une force lumineuse. Les rythmiques sont solides, les riffs acérés, les mélodies accrocheuses. L’album respire la résilience, la détermination, mais aussi une forme de mysticisme qui lui confère une profondeur inhabituelle dans le paysage blues-rock contemporain.
La pochette, montrant l’artiste sur Acacia Street, renforce cette dimension symbolique. L’arbre d’acacia, associé à la protection et à la sagesse, devient métaphore de son parcours : enracinée, mais tournée vers l’élévation.
Pour donner vie à ce tonnerre intérieur, Eliza Neals s’entoure d’une équipe solide, majoritairement issue de Detroit. Le producteur et guitariste Michael Puwal, habitué des collaborations avec Kenny Wayne Shepherd ou Alberta Adams, joue un rôle central, cumulant les casquettes de co-producteur, songwriter et ingénieur du son. La section rythmique, composée du bassiste Doug Woern et des batteurs Steve Lacross et Justin Headley, apporte une assise puissante et organique.
Les claviers de Mark “Muggie Doo” Leach et de “Detroit” Mike Hepner ajoutent une chaleur vintage, entre Hammond B3 et piano acoustique, tandis que le guitariste Frankie Maneiro injecte une dose de blues rugueux venue de la scène du New England. L’ensemble forme un écrin idéal pour la voix d’Eliza, qui navigue entre rugissements rock, incantations soul et murmures habités.
Eliza Neals compose au piano et au Rhodes, ce qui confère à l’album une base harmonique riche. Elle superpose ensuite des couches vocales qui créent une texture presque cinématographique. Le résultat donne un blues-rock postmoderne, à la fois respectueux des racines et résolument tourné vers l’avenir.
Chaque morceau semble guidé par une force supérieure, comme si l’artiste cherchait à capter l’éclair au moment précis où il frappe. Quand il y a du tonnerre dans la maison, il vient parfois avec la foudre en bouteille, dit-elle. L’album en est la preuve éclatante.
Avec « Thunder In The House », Eliza Neals signe l’un de ses projets les plus aboutis. A la fois intime et puissant, spirituel et charnel, l’album témoigne d’une artiste en pleine maîtrise de son art. Detroit continue de résonner dans chaque note, mais c’est désormais une Eliza Neals universelle qui s’exprime, une voix qui transcende les genres, les époques et les frontières.
Un disque à écouter fort, très fort, un peu comme un orage qui purifie l’air et réveille les sens.