Neon

(Polysonia – InOuïe Distribution – 2026)  

Durée 17’11 – 5 Titres 

https://elektremusic.wixsite.com/trio

Elektre est l’un de ces projets rares qui parviennent à faire dialoguer les époques, les continents et les identités sans jamais perdre leur cohérence. Né en 2023, le trio s’impose rapidement comme l’un des visages les plus singuliers de la scène actuelle, au croisement du folklore grec, des textures électroniques et des rythmiques urbaines. Leur univers, qu’ils qualifient volontiers de rébétiko 3.0, puise dans l’héritage du rébétiko, ce blues grec né dans les quartiers pauvres d’Athènes dans les années 1920, tout en le propulsant dans un espace résolument contemporain, nourri de trap, de reggaeton et de musiques assistées par ordinateur. 

Leur identité musicale repose sur un équilibre subtil, avec Monika Kabasele, chanteuse d’origine grecque et congolaise, qui apporte une voix habitée, nourrie de jazz, de traditions helléniques et d’un sens aigu de la narration. A ses côtés, Maïlys Mallet, chanteuse, autrice et compositrice qui ancre le projet dans une approche vocale puissante, héritée du jazz, du chant lyrique et d’un long travail sur les polyphonies et les percussions, et Clément Buffière, bassiste et multi‑instrumentiste qui relie les mondes avec force bouzouki, baglama, basse et production électronique qui se mêlent pour créer un pont sonore entre Smyrne, Athènes et Paris.   

En concert, Elektre déploie une énergie hypnotique pour un live lancinant, dansant, vibrant, où les voix se répondent, où les machines sculptent l’espace, où les cordes traditionnelles se frottent aux pulsations urbaines. Leur démarche rend hommage aux origines populaires et clandestines du rébétiko tout en l’habillant d’une parure résolument moderne.  

Si Elektre avait déjà posé les bases d’un langage musical hybride et audacieux, « Neon » en constitue l’affirmation la plus éclatante. L’album, pensé comme une traversée nocturne dans une ville imaginaire où Athènes et Paris se superposent, explore les zones de friction entre tradition et modernité, entre mémoire et futur, entre obscurité et lumière.

Dès les premières secondes, l’ouvrage installe un climat, nappes synthétiques crépitantes, percussions sèches, bouzouki traité comme une guitare électrique, voix qui surgissent comme des éclats de lumière dans une ruelle sombre. L’album porte bien son nom, il pulse, vibre, scintille, comme une enseigne lumineuse dans la nuit.

Les influences trap et reggaeton, déjà présentes dans l’ADN du trio, deviennent ici des moteurs rythmiques assumés. Elles ne cherchent jamais à dominer, elles servent de socle à un travail vocal d’une grande finesse, où les timbres de Monika et Maïlys se complètent, se superposent, se répondent.

Là où d’autres projets fusionnels se contentent d’un collage esthétique, Elektre propose une véritable réécriture du rébétiko. Les thèmes traditionnels tels que l’exil, la nuit, la marginalité, l’ivresse et la liberté sont revisités à travers une écriture contemporaine, parfois intime, parfois politique, toujours incarnée.

La production, signée en grande partie par Clément Buffière, est d’une précision remarquable, jamais démonstrative, toujours au service de l’émotion. Les voix, quant à elles, sont le cœur battant du disque, puissantes, sensibles, habitées.

Avec « Neon », Elektre signe un EP qui dépasse la simple fusion pour proposer une vision, celle d’un rébétiko du futur, ancré dans ses racines mais tourné vers un monde en mouvement. Un disque vibrant, audacieux, profondément humain, qui confirme le trio comme l’une des formations les plus passionnantes de la scène actuelle.

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