Grateful blues

(Reali Records – Blind Raccoon – 2026)  

Durée 25’17 – 6 Titres 

https://jpreali.com

J.P. Reali est de ces musiciens dont le parcours raconte une vie entière de fidélité au blues, à la guitare, et à une certaine idée de la musique américaine, celle qui se transmet, se partage, se vit comme une communauté. Né à New York, longtemps installé dans la région de Washington D.C., aujourd’hui basé à Newark, Delaware, Reali a passé près de quarante ans à arpenter scènes, clubs, concours et studios, construisant une réputation solide de guitariste racé et de songwriter habité. Nominé à plusieurs reprises aux Washington Area Music Awards, triple vainqueur du D.C. Blues Society Battle of the Bands, représentant du district à l’International Blues Challenge de Memphis, il s’est imposé comme une figure respectée de la scène régionale.

Son parcours est aussi celui d’un artisan du son, il a travaillé dans des studios où défilaient les Rolling Stones et Barbra Streisand, avant de tenir les manettes au Kennedy Center. Parallèlement, il a publié trois albums blues, dont « Blues Since Birth », largement diffusé sur les radios spécialisées. Depuis 2020, il se consacre davantage à la scène et à l’enseignement, transmettant l’héritage du blues appris auprès de maîtres tels que Jorma Kaukonen, Ernie Hawkins ou Mike Auldridge. Membre actif de multiples sociétés de préservation du blues, Reali est autant un musicien qu’un passeur.

Mais derrière le bluesman se cache un Deadhead de la première heure. Tout commence, raconte-t-il, par un autocollant aperçu dans un magasin de Long Island, “On the Eighth Day God Created The Grateful Dead”. Puis une babysitter, un disque, « Shakedown Street », et les wah-wahs de Jerry Garcia qui ouvrent une porte. Puis des dizaines de concerts dans les années 1980, vécus en parallèle de ses études d’ingénieur du son à American University. Le Dead devient une boussole, un langage, une manière de penser la musique, libre, aventureuse, ouverte.

C’est cette longue histoire qui aboutit aujourd’hui à « Grateful Blues », un EP de six titres entièrement consacré au répertoire du Grateful Dead, mais revisité à travers le prisme du blues. Reali l’assume pleinement et déclare que sur toutes ces chansons, il a vu un joyau blues caché dans un morceau du Grateful Dead. L’idée est simple, mais le résultat, lui, ne l’est pas puisque chaque titre est repensé, réarrangé, réhabité, comme si Reali avait extrait la moelle blues de la mythologie Dead pour la faire briller autrement.

L’album s’ouvre sur « Easy Wind », une plongée dans les racines folk‑blues du Dead originel. Reali en fait un trois‑accords nerveux, taillé pour la scène, porté par son J.P. Reali Band. Le morceau retrouve une rugosité presque primitive, comme si l’on dépoussiérait un enregistrement de 1969 pour le faire claquer dans un club contemporain.

« Loose Lucy » suit, transformée en rocker musclé, avec des échanges piano‑guitare qui rappellent les grandes heures du boogie. Là où le Dead jouait la carte funky, Reali choisit la propulsion, la dynamique, l’énergie.

Le clin d’œil à l’ère MTV du Dead arrive avec « West L.A. Fadeaway », réimaginé comme un blues mineur à la B.B. King. La guitare y est lumineuse, expressive, presque narrative. Reali y montre son sens du phrasé, héritier autant de Garcia que des géants du blues électrique.

Le cœur de l’EP se trouve peut‑être dans « I Need A Miracle », revisité façon Texas shuffle, avec un parfum Stevie Ray Vaughan assumé. Le morceau se permet même une incursion vers « Bertha », comme un sourire adressé aux fans. C’est brillant, joueur, respectueux sans être figé.

Avec « Mr. Charlie », Reali plonge dans le Delta. Le morceau devient une révérence à Robert Johnson, glissant vers un blues acoustique dépouillé, sec, habité. On y entend l’influence de ses mentors, notamment Ernie Hawkins et Jorma Kaukonen.

Enfin, l’album se conclut sur une pépite, « Tennessee Jed », réarrangée en Piedmont blues, avec un travail rythmique qui évoque Bob Weir tout en s’en affranchissant. Reali affirme qu’il n’existe aucune autre version comme celle‑ci. Et il a raison. C’est un final élégant, surprenant, profondément personnel.

Enregistré aux Turtle Studios de Philadelphie, produit par son ami et batteur Jim Larson, mixé et masterisé par Andy Kravitz, « Grateful Blues » est plus qu’un EP hommage. Reali y affirme sa volonté de rejoindre la scène jamband, de relier son blues à une tradition improvisée, collective, mouvante, celle du Dead, mais aussi celle de tous les musiciens qui refusent de jouer la musique comme un musée.

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