Might give out… (But I won’t give in)
(Guitar One Records – 2026)
Durée 39’42 – 10 Titres
Il y a des musiciens qui jouent du blues, et puis il y a ceux qui l’écrivent, le façonnent, le tordent, le réinventent jusqu’à ce qu’il devienne une empreinte personnelle. Tas Cru appartient à cette seconde catégorie, celle des artisans obstinés pour qui chaque chanson doit porter une intention, une couleur, une histoire. Avec sept albums en douze ans, un single instrumental remarqué en 2025, « Déjà Blu », et un nouveau disque paru fin juillet, l’homme de Central New York continue de tracer une route singulière dans le paysage roots contemporain.
Tas Cru est un musicien multiple, six‑piece band, solo acoustique, électrique, résonateur, cigar box, un peu d’harmonica pour le plaisir… Il joue comme il écrit, sans cloison, sans dogme, avec cette liberté qui fait de lui un artiste adepte du mélange des genres, comme le rappelle sa réputation. Et surtout, il écrit. Plus de cent-cinquante chansons à son actif, et une obsession revendiquée, le refus de voir les mots servir seulement à transporter l’auditeur jusqu’au solo de guitare. Une déclaration qui résume parfaitement l’homme.
Les éloges ne manquent pas. Bruce Iglauer, patron d’Alligator Records, le décrit simplement comme un vrai auteur. Downbeat Magazine parle d’un artiste unique, capable de créer un hook magique avec des mélodies fraîches et des textes ciselés. Tas Cru n’a jamais cherché à ressembler à qui que ce soit, il avance avec ses mots, ses histoires, son humour, sa tendresse parfois, son mordant souvent.
Fondateur du Tas Cru Annual Rum Boogie Jam (2008–2023) à l’International Blues Challenge de Memphis, il a marqué la scène blues autant par son engagement que par ses tournées incessantes aux Etats‑Unis, en Europe et au Canada. Endorsé par Delaney Guitars, représenté par Anne Bello Productions et par Martin Scheschonka en Europe, Tas Cru est un artiste qui ne cesse de bouger, de jouer, de raconter.
Le titre dit tout, « Might Give Out (But I Won’t Give In) ». Une fatigue possible, une reddition impossible. Tas Cru revient avec un album d’originaux qui prolonge son goût pour les mélanges, les croisements, les zones frontières entre blues, Americana, folk électrique et groove roots. Ce disque n’est pas une rupture, c’est une affirmation.
Dès les premières mesures, on retrouve cette signature, un son chaleureux, organique, où les guitares ne cherchent pas la démonstration mais la conversation. Tas Cru n’est pas un guitar hero, il est un raconteur. Ses riffs sont des phrases, ses solos des apartés, ses arrangements des dialogues entre instruments.
Chaque morceau semble porter un fragment de vie, un clin d’œil, une anecdote, une réflexion. Tas Cru a cette capacité rare à écrire des chansons qui paraissent familières dès la première écoute, comme si elles avaient toujours existé. C’est là que réside sa force, une écriture simple en apparence, mais subtile, précise, jamais banale.
L’album navigue entre blues roots à la pulsation terrienne, ballades acoustiques où les mots prennent le devant, grooves électriques qui sentent la scène, et touches folk qui élargissent le spectre sans jamais trahir le cœur du projet. On y entend l’homme qui a passé sa vie à jouer partout, dans toutes les configurations, devant tous les publics. Un musicien qui sait ce que veut une chanson, ce qu’elle peut donner, ce qu’elle doit retenir.
Ce qui frappe une fois encore, c’est la qualité des textes. Tas Cru ne se contente pas de raconter des histoires, il sculpte, il joue avec les images, les doubles sens, les petites vérités du quotidien. Il a ce talent rare de faire sourire sans perdre en profondeur, de faire réfléchir sans devenir pesant.
Tas Cru continue de tracer son chemin avec une constance admirable, écrire, jouer, raconter. « Might Give Out (But I Won’t Give in) » est un album qui prolonge cette trajectoire avec une maturité assumée et une fraîcheur intacte. Un disque pour ceux qui aiment les chansons qui parlent, les mélodies qui restent, et les artistes qui ne renoncent jamais.