JAMIAH ROGERS & DIRTY CHXRCH

Chicago cowboy

(Delmark – 2026)  

Durée 56’43 – 12 Titres 

https://www.facebook.com/jamiah.rogers

Dans le paysage bouillonnant du blues contemporain, peu d’artistes incarnent avec autant de naturel la tension entre tradition et modernité que Jamiah Rogers. Guitariste incandescent, chanteur habité, enfant de Chicago nourri à la fois par les clubs de South Side et par l’énergie brute du rock, Rogers s’est imposé comme l’un des nouveaux visages du blues électrique. Autour de lui, Dirty Chxrch, avec Isaiah “Zay” Horne à la basse, Tyvon “Tank” Rice à la batterie, rejoints ponctuellement par Larry Williams à basse et Amyna Pearson au chant, forme un power‑trio qui joue comme un seul organisme, compact, nerveux, sans compromis.

Rogers a grandi dans une ville où le blues n’est pas un genre mais une respiration. Chicago, avec ses bars où les amplis chauffent jusqu’à rougir, ses jams interminables, ses héros locaux qui ont façonné l’histoire du genre, est le terreau naturel de son jeu. On retrouve dans son phrasé l’héritage de Buddy Guy, dont il reprend ici « Leave My Girl Alone », mais aussi l’urgence du rock moderne, la sueur des clubs, la tension électrique des nuits où tout peut basculer.

Dirty Chxrch, c’est son église, son refuge, son laboratoire. Ensemble, ils sculptent un son massif, vibrant, où chaque riff semble taillé pour faire trembler les murs. Leur musique est directe, sans maquillage, portée par une énergie qui ne triche jamais. C’est brut. C’est bruyant. C’est le blues tel qu’il devait être, en sueur, électrique et sans remords. Difficile de mieux résumer leur esthétique.

Avec « Chicago Cowboy », Jamiah Rogers signe un album qui ressemble à une décharge électrique. Douze titres, dont deux reprises iconiques de Buddy Guy et Ray Charles, pour un voyage dans un blues moderne, musclé, qui ne cherche jamais à se faire discret.

Dès « Mojo Man », le décor est planté avec un groove épais, une guitare qui mord, une voix qui porte le feu. Rogers joue comme s’il avait quelque chose à prouver, ou plutôt à rappeler, le blues peut encore être dangereux, imprévisible, sauvage.

« Sacrifice » et « I Still Wonder » dévoilent une facette plus introspective, où la tension émotionnelle se glisse dans les interstices du jeu. Le trio y montre sa capacité à respirer, à laisser l’espace devenir un instrument à part entière. Avec « On And On » et « Let Me Live », Rogers s’aventure dans un blues-rock contemporain, porté par une batterie qui claque comme un coup de tonnerre. 

Le cœur de l’album, « Chicago Cowboy », est un manifeste. Un titre qui sonne comme une carte d’identité musicale, fière, urbaine, électrique. Jamiah Rogers y revendique son héritage tout en affirmant son propre territoire sonore. « Comin For Mines » apporte une tension plus urbaine, presque hip-hop dans l’attitude, tandis que « I Know You Gotta Go », enrichi par la voix d’Amyna Pearson, ouvre une parenthèse soul d’une grande intensité.

La fin du disque est un clin d’œil aux racines avec « Leave My Girl Alone », hommage vibrant à Buddy Guy, joué avec respect mais sans révérence excessive, et avec « What’d I Say », reprise de Ray Charles, transformée en jam électrique où le trio s’amuse à repousser les limites.

« Chicago Cowboy » n’est pas un album sage. C’est un disque qui transpire, qui cogne, qui vit. Jamiah Rogers et Dirty Chxrch y capturent l’essence du blues de Chicago, brut, incandescent, tout en le propulsant dans une modernité assumée. On y entend la ville, ses clubs, ses nuits, ses fantômes, mais aussi l’avenir d’un genre qui refuse obstinément de se figer.

Jamiah Rogers n’imite personne. Il avance, il trace, il brûle. Et avec Dirty Chxrch, il signe un album qui ressemble à ce qu’on attend d’un vrai cowboy électrique, un cavalier solitaire qui traverse la ville guitare en bandoulière, laissant derrière lui une traînée de décibels et de sueur.

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