Restes

(Temps Calme – Modulor – 2026)  

Durée 31’32 – 10 Titres 

https://www.instagram.com/_acquin_

Acquin, c’est d’abord une voix singulière dans le paysage musical français, une présence à la fois fragile et frontale. Après deux albums remarqués, « Bareback » et « C’est beau », réalisés avec Frédéric Lo, l’artiste s’est imposé comme un auteur-interprète à la plume dense, poétique et sans concession. Son univers oscille entre la chanson française d’auteur et une tension rock minimaliste, où chaque mot semble pesé, chaque silence assumé. 

Issu d’une génération qui refuse les artifices, Acquin cultive une écriture viscérale, presque littéraire, où l’émotion prime sur la démonstration. Ses textes, souvent introspectifs, explorent les zones grises de l’amour, du doute et du désir, tout en gardant une lucidité mordante sur le monde contemporain.  

Avec le temps, il s’est forgé une réputation d’artisan du verbe, capable de mêler la pudeur à la provocation, la tendresse à la rage. « Restes », son troisième opus, marque une mue artistique, la rencontre avec Éric Simonet, qui pousse Acquin vers une liberté nouvelle, plus risquée, plus nue.

Sorti le 18 septembre, « Restes » s’impose comme une œuvre de résistance face à la consommation instantanée de la musique. Là où tant d’albums cherchent la référence rassurante, Acquin choisit l’incertitude, l’accident, le tremblement.  

Dès les premières mesures, la production d’Éric Simonet installe une tension sèche, batterie, basse, guitare, clavier, rien d’excessif, tout est à sa place, mais chaque frappe semble vouloir fissurer le silence. Sur « Bise », la clarinette de Vincent Penot de l’Opéra de Paris surgit comme un souffle inattendu, un contrepoint d’élégance dans un décor brut. « L’amour fout » explose à bout portant, entre ironie et désespoir, tandis que « Ce sera déjà très bien » défie les formats avec sa minute quatorze de pure intensité.

Acquin ne cherche pas à expliquer. Il laisse ses mots flotter, trébucher, se heurter à leurs propres limites. L’écriture assume ses maladresses, ses hésitations, ces erreurs qui deviennent matière poétique. C’est là toute la force de « Restes », une sincérité désarmante, une beauté imparfaite qui refuse la posture.  

Entre culture classique et pulsion punk, l’album trace un fil ténu, celui qui relie la pudeur à la fureur. On pense à Biolay pour le phrasé, à Daniel Darc pour les climats délavés, mais Acquin reste inclassable. Il ne copie pas, il creuse. Il cherche dans les “restes” de l’amour, de la vie, de la mort, ce qui subsiste quand tout s’efface.

« Restes » est un disque qui ne rassure pas, et c’est précisément pour cela qu’il touche. Il rappelle que la chanson peut encore être un espace de vertige, d’inconfort, de vérité. Une œuvre à écouter à plein cœur, à bout de doigts, à longueur de bras.

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