Antones 50th presents Chicago bound
(Blues Till 2 Records – 2026)
Durée 35’25 – 11 Titres
Depuis son ouverture, Antone’s n’a jamais été un simple club, c’est un sanctuaire du blues, un lieu où les générations se croisent, où les légendes se font et où les héritiers apprennent à marcher dans les pas des géants. Fondé par Clifford Antone, passionné visionnaire disparu en 2006, le club d’Austin a bâti une communauté musicale unique, soudée par une idée simple que Clifford répétait souvent : « The blues is so big that no one person could ever learn it in a lifetime ».
En 2025, Antone’s célébrait son demi‑siècle avec un coffret monumental, « Antone’s: 50 Years of the Blues », qui révélait une évidence, il y avait encore trop de musique, trop d’histoires, trop de vie pour s’arrêter là. De cette embarras de richesses est née l’idée d’un nouvel opus, plus resserré, plus narratif, plus incarné, « Antone’s 50th Presents Chicago Bound ».
Le projet prend forme lors d’une session à Chicago, quand Zach Ernst, directeur artistique du club et coproducteur, entend John Primer enregistrer une version dépouillée du classique de Jimmy Rogers, « Chicago Bound ». Ce moment déclenche une vision, un album‑route, un “truck stop cassette”, retraçant le chemin spirituel des musiciens afro‑américains qui ont migré du Sud vers les grandes villes du blues.
De la Louisiane de Clifton Chenier à Houston, Austin, Memphis et enfin Chicago, « Chicago Bound » devient une carte musicale, un voyage initiatique, un hommage à trois figures tutélaires, Muddy Waters, Clifford Antone et Bobby “Blue” Bland.
Sorti fin août, l’album est un véritable carrefour où se rencontrent les familles du blues, Texas, Chicago, Memphis, Louisiane… tout converge dans un disque qui respire la route, la fraternité et la transmission.
La liste des artistes ressemble à un rêve de programmateur avec John Primer, Kim Wilson & The Fabulous Thunderbirds, Lavelle White, Anson Funderburgh, Billy F. Gibbons, Ivan Neville, CC Adcock, Keith Richards, Ronnie Wood, Doyle Bramhall II, Lurrie Bell, Lil’ Ed Williams… Une constellation qui témoigne de l’influence durable d’Antone’s et de l’héritage de Clifford Antone.
L’album s’ouvre avec John Primer et son « Chicago Bound », retour aux sources du Chicago blues électrique. Sa voix et sa guitare, droites comme une voie ferrée, posent le décor, ici on roule vers le Nord, vers l’histoire, vers la promesse d’une vie meilleure.
Vient ensuite un moment rare, Ivan Neville et CC Adcock revisitent un deep cut de Clifton Chenier, épaulés par Keith Richards, Ronnie Wood et un Jimmie Vaughan en mode arme secrète à l’harmonica. Le morceau est un shuffle irrésistible, vibrant, presque sauvage.
Kam Franklin, portée par Rodd Bland et les Dreamers, livre une version puissante et soul de « I Wouldn’t Treat A Dog ». La présence de la section de cuivres de Bobby Bland et d’Archie “Hubbie” Turner donne au titre une couleur Memphis irrésistible. Doyle Bramhall II embrase « Give Me Back My Wig » avec une énergie brute, tandis qu’Anson Funderburgh signe un « Backstroke » élégant, précis, d’une classe texane absolue.
Parmi les moments phares, on notera « Hangin’ On A Cliff » par Billy F. Gibbons. Premier single, hommage direct à Clifford Antone, le morceau est un bijou de blues-rock texan. Gibbons joue sur le double sens entre “hangin’ on a cliff” et “hangin’ out with Cliff”, clin d’œil tendre et malicieux. Sa guitare râpe, son groove mord, son chant raconte l’amitié et la gratitude.
Kim Wilson & The Fabulous Thunderbirds étaient à l’honneur dès le premier jour avec le single « I’m Not Ashamed », une formidable plongée dans l’univers de Bobby “Blue” Bland, revisité avec le feu texan des Thunderbirds. Wilson y est impérial, entre finesse vocale et autorité blues.
Le disque se referme comme Muddy Waters clôturait ses concerts, dans l’explosion. John Primer, Kenny “Beedy Eyes” Smith et Lil’ Ed Williams livrent une version jubilatoire de « Got My Mojo Working », pleine de sueur, de joie et d’histoire.
Ce qui force le respect dans « Chicago Bound », c’est sa cohérence malgré la diversité des artistes. Le fil conducteur, la route, la migration, le voyage, donne au disque une unité narrative rare. On sent les kilomètres, les clubs, les nuits blanches, les rencontres. On sent aussi l’amour immense pour Clifford Antone, pour Muddy, pour Bobby Bland, pour tous ceux qui ont bâti ce langage musical.
Avec cet album, Antone’s ne célèbre pas seulement ses 50 ans, le club affirme son rôle de gardien du blues, de passeur entre les générations, de lieu où la musique continue de grandir. Le disque est un hommage vibrant, un road‑movie sonore, une déclaration d’amour à ceux qui vivent sur la route et portent le blues comme un drapeau.